EXTRAIT

SUITE

Acte I, scène 1


Le décor est celui d’un loft : assez moderne d’un côté et relativement classique de l’autre, les deux n’allant visiblement pas ensemble.
Au centre, un curieux escalier conduit vers une mezzanine. C’est un escalier asymétrique : une rampe gauche faite de tubes métalliques peints dans des tons fluo, et celle de droite, en bois sculpté très travaillé, dans le style vieille demeure bourgeoise.

Juste au centre, une table, également asymétrique, flanquée de chaises anciennes à droite, et design à gauche.
Manu et Fidèle, deux amis de longue date, font une partie d’échec sur un drôle d’échiquier. Manu, assis à gauche, utilise des pièces  en métal fluo, tandis que Fidèle, lui, sur la chaise de droite, joue avec des pièces classiques en bois.

Fidèle (avançant un pion triomphalement) :
– Adieu ta reine !

Manu 
:
– Qu’est-ce que tu me racontes ? Tu es fou ?

Fidèle
:
– Tu as bien vu, mon fou prend ta reine. Et toc !

Manu
 :
– Ce que tu prends pour ma reine est, en fait, mon cavalier.

Fidèle
(se fâchant) :
– Comment ça ? Je dis qu’il s’agit de ta reine.

Manu
 (se levant, comme s’il était prêt à se battre) :
– C’est mon cavalier !

Fidèle
(se levant à son tour):
– Ce pion est mon fou. Il a pris celui-ci qui est ta reine. A toi de jouer, maintenant !

Manu 
:
– Ta vue baisse, mon pauvre ami.
(Il saisit sa pièce et la montre de près à Fidèle) Regarde bien ! Où vois-tu une couronne ?
Fidèle
(observant la pièce en détail):
– Là, sur sa tête bien sûr. Ma tête à couper qu’il s’agit bien d’une reine.

Manu 
(éclatant de rire):
– Eh bien, il est grand temps pour toi de mettre des lunettes. Quoique,... sans tête, difficile de porter des lunettes !
(Il rit) Ce que tu prends pour une couronne est une crinière de cheval, mon pauvre ami.
Fidèle
(regardant mieux):
– Une crinière de cheval en forme de diadème, ça n’existe pas ! Pour moi, c’est une couronne. 

(En jetant la pièce sur la table)
D’ailleurs, tes pièces ne sont pas réglementaires.
Manu
 (moqueur):
– Aucune règle n’est rigide ! 

Fidèle
 :
– Celle des échecs l’est !

Manu 
:
– Pas pour moi !  Quand comprendras-tu enfin l’art moderne ?

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