LE PEUPLE

(Avec la collaboration de Philippe Constantine)

 

La civilisation grecque est une des plus riches au monde du point de vue culturel mais assez pauvre économiquement. La population grecque a été mélangée au fil des guerres aux différents peuples balkaniques, albanais, turcs et macédoniens. Des réfugiés venus de ces pays instables continuent d’arriver en Grèce.

 

La langue, la religion et l’hellénisme

En Grèce, la religion, la langue et la citoyenneté grecque ne font qu’un. Autrement dit, un citoyen grec pratique la religion grecque orthodoxe et parle la langue grecque; il doit aussi croire à l’hellénisme, développé surtout à l’époque de l’empire d’Alexandre le Grand, mais qui est cinq fois millénaire en Grèce.

 

La société

À Athènes et dans les plus grandes villes, la société se caractérise par une certaine forme de cosmopolitisme, tandis que la campagne est plus traditionaliste. Toutefois, le développement du tourisme et le désenclavement ont contribué à la pénétration des mœurs urbaines dans l'ensemble des régions.

 

Le creuset grec

Au moment de l'indépendance en 1830, les orthodoxes grecs sont disséminée dans tout l'Empire ottoman et même au-delà. Le territoire est alors occupé par une population relativement composite. Son homogénéisation résulte d'un triple processus historique: a) des Grecs de la diaspora ont afflué vers l'état naissant en abandonnant, de gré ou de force, leur ancien foyer; b) favorisés par le rayonnement de la culture grecque - dominante dans les Balkans jusqu'à la fin du XIXe siècle -, les efforts de l'administration (à Athènes) ont permis l'intégration d'un grand nombre d'habitants non hellénophones (Albanais, Valaques...); c) des populations dont l'intégration était plus délicate ont été expulsées ou «échangées» (p.e. les musulmans dont il subsiste toujours une minorité en Thrace).

Une nation moderne formée dans le culte de l'hellénisme s'est ainsi créée en moins d'un siècle. Signe de l'intégration de la population, les différences dans le comportement démographique de chaque nouvelle vague d'arrivants se sont toujours estompées au bout d'une ou deux générations. Tandis que l'opposition entre zones urbaines et rurales a disparu, la population grecque, estimée à 10,5 millions d'habitants en 1997, se trouve dans une situation démographique représentative de l'Europe méditerranéenne (les taux de natalité et de mortalité sont estimés respectivement de 10 ‰ et de 9 ‰ (1997)).

 

Un pays ouvert au monde

Le poids économique et politique de la Grèce ne se limite pas aux possibilités de son territoire national. Terre d'émigration jusqu'en 1975, la Grèce enregistre un solde migratoire régulièrement excédentaire. Une importante diaspora, difficile à évaluer avec précision, dépasse probablement les 5 millions de membres. Une partie de ces Grecs ont élu résidence dans de vieux foyers qui n'ont pas été complètement abandonnés. Ainsi, dans l'ex-Union soviétique, plus particulièrement dans le Pont (littoral de la mer Noire), une importante population grecque reste implantée, même si une tendance au retour se manifeste. Les Chypriotes sont grecs dans leur majorité. À partir de la fin du XIXe siècle, de nouveaux foyers se sont créés. La communauté grecque des États-Unis, qui compte 2 millions de membres, joue un rôle considérable dans la vie politique américaine; elle est aussi l'un des principaux appuis de la politique étrangère du gouvernement d'Athènes. En Allemagne, une diaspora prolétaire s'est formée pendant les années 1950 et 1960. En Afrique du Sud et en Australie, les communautés grecques jouent un rôle économique notable.

 

Les villes

La vague d'urbanisation a surtout touché les grandes villes. Les deux agglomérations principales, Athènes et Thessalonique, regroupent près de 40 % de la population. L'agglomération d'Athènes, la capitale, a vu sa population passer de 1,3 million en 1951 à 3,2 millions en 1994. À partir du milieu des années 1970, la capitale entre dans une phase de développement modéré, voire de stagnation. Sa croissance a entraîné les épineux problèmes de la circulation automobile - accentués par les carences des transports publics - et du fameux nefos (pollution atmosphérique). Pour renforcer son rôle de grand centre transactionnel de la Méditerranée orientale et d'antenne de la Communauté européenne dans cette région, Athènes doit améliorer ses infrastructures aéroportuaires et ses réseaux de télécommunication, tout en essayant de résoudre le problème de la pollution.

Thessalonique, deuxième ville du pays, a vu sa population tripler en l'espace de quarante ans. Mais elle n'a pas encore suffisamment exploité les avantages d'une situation géographique unique: la ville se situe en effet à l'aboutissement du couloir reliant le Danube à la mer Égée par Belgrade et Skopje. Sa position stratégique en a toujours fait une ville convoitée, et une instabilité prolongée dans les Balkans compromettrait son essor. Contrairement à Athènes, ses difficultés sont d'ordre plutôt géopolitique qu'économique.

 

Les turcophones

Depuis la fin de la dernière guerre gréco-turque et le Traité de Lausanne en 1923, environ 200 000 turcophones vivent dans le nord de la Grèce. Ceux-ci ont le statut de minorité, ce qui leur donne certains droits comme celui d'avoir leur propre député au parlement, d'apprendre leur langue à l'école, et même de consulter des tribunaux islamiques pour les affaires civiles. Toutefois la Turquie apparaît toujours aux yeux de certains grecs comme le symbole de l'ennemi héréditaire. L'invasion de l'armée turque à Chypre en 1974 a pesé sur les relations entre les deux pays, mais on assiste depuis plusieurs années à un apaisement.

 

Les slavophones et la querelle du nom Macédoine

Une querelle oppose la Grèce et la FYROM (ou ARYM pour Ancienne République Yougoslave de Macédoine à l'ONU) sur l'appellation "République de Macédoine" de ce pays au nord de la Grèce. La Grèce conteste ce nom car elle estime qu'il fait partie intégrante du patrimoine historique grec. L'ARYM est peuplée de slaves émigrés dans la région depuis le Vème siècle après J.-C., bien après la disparition du Royaume de Macédoine antique, parlant un dialecte bulgare. Ce pays s'estime néanmoins en droit de porter le nom de "République de Macédoine", de se revendiquer comme peuple macédonien, parlant la langue macédonienne, ce que la Grèce conteste.

Les slavophones de Grèce ont par le passé été hellénisés, leur langue étant interdite, leurs noms changé.

 

Les Albanais

Ce sont des populations émigrées massivement en Grèce suite à la chute de la dictature communiste d'Enver Hoxha en 1990. Ils constituent aujourd'hui 70% de la population immigrée de Grèce. Ils ne doivent pas être confondus avec les Arvanites, descendants de population albanaise établis en Grèce depuis des siècles.

 

L'éducation

Les Grecs doivent à leur patrimoine culturel et à leur rôle dans l'Empire ottoman une longue tradition en matière d'éducation. L'État moderne l'a perpétuée et l'instruction est en principe gratuite. L'université d'Athènes a été créée en 1837, et de gros efforts ont été consacrés au développement de l'école publique pendant ces deux derniers siècles. En 1996, la Grèce a consacré 3,5% de son PNB à l'éducation qui est obligatoire pour neuf ans et gratuite à tous les niveaux d'enseignement.

 

La santé

Le paludisme, enrayé après 1950 grâce au drainage des plaines et à l'usage généralisé du DDT, représenta longtemps un grand problème sanitaire. Des efforts considérables de modernisation de la santé publique ont été consentis au cours des dernières décennies, aussi tous les citoyens bénéficient-ils désormais du système de santé. Avec un taux de mortalité infantile de 7,9 ‰ [estimation 1997] et une espérance de vie qui est la plus élevée de l'Europe du Sud (77 ans pour les femmes et 75 ans pour les hommes) [estimation 1997], la Grèce se place devant les pays de l'Europe de l'Est et juste après l'Espagne et l'Italie.