PERSONNAGES

 

Alexandre le Grand

Avec lui, non seulement la réunification des cités-États va se concrétiser, mais le monde hellénique va connaître une expansion sans précédent à la surface du globe. Fils de Philippe Il de Macédoine et d'Olympias -une princesse d'Epire-, Alexandre naquit à Pella en 356 av. J.-C. Son père était déjà préoccupé par l'idée de dominer toute la Grèce et il y réussit en donnant à la Macédoine le rôle moteur qu'avaient eu avant Sparte et Athènes.

Le petit Alexandre grandit entre une mère étrange, terrifiante même, aux pouvoirs visionnaires, et les idées de gloire qui animaient la cour, avec Aristote pour précepteur. C'était un personnage haut en couleur, qui eut une destinée exceptionnelle : il bouleversa le monde connu d'alors, poussant ses conquêtes des bords du Danube à l'Inde en passant par l'Egypte.

Beau, courageux, puissant, il donna au monde occidental une image idéale du monarque. Mais il fut aussi le premier des conquérants possédés par la folie des grandeurs. Sa volonté de faire la synthèse de la civilisation hellénique et des cultures de l'Orient en a fasciné plus d'un, mais n'oublions pas qu'avec son comportement de despote, il a aussi enterré la démocratie !

 

Andréas G. Papandréou

(1919-1996) Premier ministre de 1981 à 1989 et de 1993 à 1996, élu vice-président de l'Internationale socialiste en 1992, il a connu un parcours politique original : citoyen américain (il a enseigné l'économie dans une université américaine), il entre en politique quand son père devient Premier ministre au milieu des années 1960. Exilé aux Etats-Unis dès le coup d'État des colonels en 1967, il lutte activement pour la restauration de la démocratie en Grèce. Après la chute de la dictature, il crée le PASOK (mouvement panhellénique socialiste) qui s'affirme comme l'un des principaux partis d'opposition. Il devient Premier ministre en 1981, après un confortable succès électoral. Fervent défenseur d'une politique tiers-mondiste, il donne à la Grèce une place singulière dans la Communauté européenne. Militant du désarmement nucléaire, il a oeuvré pour la paix et la coopération internationale. Populiste et nationaliste, et à ce titre héraut de l'hellénisme moderne, il a vu sa position s'affaiblir à la suite de scandales politico-financiers (affaire Koskotas qui l'a mené devant une cour spéciale qui n'a rien pu prouver contre lui mais la suspicion s'est installée). Il a aussi défrayé la chronique en raison d'une vie sentimentale agitée (remariage, à 70 ans, avec une jeune ex-hôtesse de l'air dont la presse montrait régulièrement des photos dénudées).

 

Aristote

(384-322 av. J.-C.) Disciple de Platon (mais pas le moins du monde idéaliste) et maître d'Alexandre le Grand, il est considéré comme le père de la logique. C'est l'encyclopédiste de l'Antiquité, avec à son actif la bagatelle de 400 ouvrages couvrant tous les domaines des connaissances de son époque. Il fonda à Athènes une école appelée... Lycée!

 

Aristotelis Onassis

(1906-1975) Chouchou de la presse people des années 1960 et 1970, cet armateur milliardaire, originaire de Smyrne (Izmir en Turquie) a fondé la compagnie aérienne Olympic Airways (nationalisée par la suite) mais a connu la notoriété par ses conquêtes féminines. Marié une première fois à Athina Stavrou Livanou, il connaît une liaison tumultueuse avec Maria Callas qu'il abandonne pour épouser la jeune et jolie veuve de J.F.K. Son yacht était aussi célèbre que La Laurada, et sa résidence d'été, l'île de Skorpios, a aussi fait couler beaucoup d'encre.

 

Costa Gavras

(1933) Cinéaste d'origine grecque, naturalisé français, assistant de René Clair et de Jacques Demy, il connaît un véritable triomphe avec Z (1969) dénonçant la dictature militaire au pouvoir à l'époque. Un cinéma engagé également à l'image de son acteur, Yves Montand, qu'il dirigea aussi dans L'Aveu (1970) pour dénoncer les purges du régime communiste en Tchécoslovaquie. Avec Missing (1982), violente critique de la politique américaine en Amérique latine, il remporte la Palme d'Or et fait scandale outre-Atlantique. Présente sur tous les fronts, son oeuvre est le fidèle reflet de son combat politique, excepté quelques films isolés, comme Conseil de famille (1986) ou Music Box (1990).

 

Epicure

(341-270 av. J.-C.) Il enseignait que chaque homme avait droit au bonheur. Mais associer la pensée d'Epicure à la satisfaction effrénée des plaisirs serait une erreur. Pour lui, le bonheur réside dans la maîtrise des désirs qui culmine dans l'absence de trouble et de passion. Jefferson a eu l'idée de citer ce grand homme dans la Déclaration d'indépendance des Etats-Unis.

 

Georges Séféris

(1900-1971) Diplomate de carrière et prix Nobel de littérature en 1963. Né à Smyrne (Izmir en Turquie) et resté attaché à son Asie Mineure "perdue" après 1922, ses poèmes, d'une grande richesse, mêlent l'héritage culturel de la Grèce et les préoccupations contemporaines, liées à l'évolution de son pays dont il était un acteur en tant que consul puis ambassadeur. Ses obsèques ont été l'occasion de défiler silencieusement contre la junte des colonels. Une grande partie de son oeuvre a été traduite par Jacques Lacarrière.

 

Maria Callas

(1923-1977) "Elle est comme l'Acropole, encore plus belle depuis qu'elle est en ruine." En effet, grâce à une voix incomparable (et un régime qui aurait fait rougir de jalousie son compatriote Demis Roussos), le vilain petit canard qui pesait 110 kilos à 25 ans s'est un jour métamorphosé en une exceptionnelle diva. Généreuse et enflammée, Maria Callas a immortalisé les rôles de Norma et de Tosca et révolutionné l'art lyrique. Sa vie même eut un parfum de scandale quand elle quitta son mari Carlo Meneghini pour le ténébreux (et sulfureux) Onassis. Evincée par la belle Jackie, la voix prématurément brisée, elle mourut à Paris en véritable héroïne tragique et devint un réel mythe. "Like a candie in the wind..."

 

Mélina Mercouri

(1920-1994) Une des figures majeures de la culture et de la démocratie grecque contemporaine, issue d'une famille de politiciens, elle poursuit d'abord des études d'art dramatique et devient une actrice reconnue. Dirigée par son mari, Jules Dassin, elle réussit brillamment son passage au grand écran en recevant le prix d'interprétation à Cannes pour son rôle dans Jamais le dimanche (1960). Parallèlement à sa carrière artistique, elle milite activement au sein de la gauche et subit de nombreuses pressions en s'opposant à la dictature qui s'installe en 1967. Elle raconte sa carrière artistique et son combat politique dans un livre à recommander : Je suis née grecque (malheureusement épuisé). En 1979, elle reçoit la médaille de la Paix aux côtés de Papandréou et devient ministre de la Culture après la victoire électorale du PASOK. Elle le restera jusqu'à sa mort, créant le titre de capitale culturelle de l'Europe (Athènes sera la pionnière en 1985) et ravivant la campagne pour le retour des Marbres du Parthénon, exposés actuellement au British Museum à Londres. A Athènes, allez voir le Café Mélina, un lieu surprenant, entièrement dédié à sa mémoire.

 

Michael Cacoyannis

(1922) Cinéaste de la Grèce par excellence, il permit à Mélina Mercouri de faire ses débuts à l'écran dans un rôle de femme libre avec Stella (1955). Mais on se souvient surtout d'Anthony Quinn, Irène Papas et Alan Bates dans Zorba le Grec (1964), transportés par la musique de Théodorakis.

 

Mikis Théodorakis

(1925) Grand artiste engagé né à Chios (comme Andréas Papandréou), il est entré dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, à 17 ans. Il est plus tard poursuivi pour son engagement à gauche (il sera déporté sur l'Île de Makronissos). Il s'installe ensuite à Paris et s'inscrit au conservatoire où il acquiert rapidement une réputation mondiale. A nouveau arrêté et déporté après le coup d'Etat des colonels, il est libéré en avril 1970 et devient le symbole vivant de la résistance à la dictature. Mais son retour triomphal en Grèce en 1974 sera de courte durée puisqu'il s'oppose cette fois-ci à la gauche en prônant un retour en douceur à la démocratie. Elu au Parlement grec, il va s'éloigner progressivement du parti communiste et de la gauche pour finir par siéger sur les bancs de la droite, au sein de la Nouvelle Démocratie. Il abandonne alors son mandat pour se consacrer à la musique. Parallèlement à ses oeuvres classiques, il écrit pour le cinéma, notamment pour Zorba le Grec (1964) et Z (1969), et contribue au renouveau de la musique grecque populaire.

 

Nana Mouskouri

(1936) Il est plus facile de se remémorer ses lunettes carrées et ses robes noires à paillettes que l'air de ses vieux tubes. Pourtant, avec son look d'intello pas très glamour, Nana est l'une des rares chanteuses grecques à connaître une carrière internationale... et à oser chanter en japonais. A son palmarès, un mandat de député européen et la reprise du combat de Mélina Mercouri pour la restitution des Marbres du Parthénon.

 

Odysséas Elytis

(1911-1996) Né en Crète dans une famille originaire de Mytilène (Lesbos), il a introduit le surréalisme dans la littérature grecque. Prix Nobel de littérature 1979, il était aussi ami avec Eluard et Picasso, très influencé par la France où il a séjourné de 1948 à 1951 et de 1969 à 1971. Son oeuvre majeure est To Axion Esti (1959), un recueil de poèmes conçu comme un tout, nourri de son expérience personnelle et de la culture hellénique millénaire et popularisé par Théodorakis qui l'a mis en musique. Il en existe une traduction en français parue chez Gallimard.

 

Platon

(429-347 av. J.-C.) Elève de Socrate, il consacra une partie de son oeuvre à transcrire pour la postérité ses conversations avec son maître qui, lui, ne laissa rien (peut-être qu'il n'avait pas trouvé d'éditeur !). Obnubilé par la perfection que seule l'intelligence, selon lui, peut faire entrevoir, Platon décrivit sa conception de l'Etat idéal dans le plus connu de ses écrits : La République.

 

Socrate

(469-399 av. J.-C.) Un sacré numéro. Fils de sage-femme, il inventa la maïeutique, l'art d'accoucher les esprits en pratiquant un questionnement serré de son interlocuteur, ainsi que la dialectique. Il s'attaquait aux préjugés, sapait les certitudes toutes faites, du moins est-ce ce qui lui a été reproché. Pas étonnant que, dans une Athènes en crise, on l'ait accusé d'être impie et de corrompre la jeunesse. Il fut condamné à mort et du boire la ciguë.

 

Théo Angelopoulos

(1936) Le plus représentatif des réalisateurs du nouveau cinéma grec, il cherche dans la mémoire collective de son peuple un message politique et social. On lui doit, entre autres, Paysage dans le brouillard (1988), l'admirable voyage initiatique et poétique de deux enfants, et plus récemment Le Pas suspendu de la cigogne (1991), avec Jeanne Moreau et Marcello Mastroianni. Le Regard d'Ulysse (1995) retrace le voyage d'Harvey Keitel jusqu'à Sarajevo, à la recherche d'un film mythique du début du XXe siècle. La Palme d'Or du Festival de Cannes lui a été décernée en mai 1998 pour L'Éternité et un jour.