ARTS PLASTIQUES

 

Le XIXème siècle

Au XIXème siècle, l'histoire des arts plastiques est semblable à l'histoire de l'État moderne et reflète bien les relations entre la capitale et la périphérie du monde grec. Deux courants s'opposent : la tradition post-byzantine vernaculaire (populaire auprès du public) et une certaine modernisation (pour la classe dirigeante des Phanariotes et des érudits) appelée ''l'hellénocentrisme'' et dont le but était d'explorer les gloires de la Grèce antique tout en y introduisant un certain éclat, pour redorer l'époque jugée difficile. En même temps, le néoclassicisme, approuvé par l'État othonien, devint la forme d'interprétation officielle de l'art et de l'histoire. Le développement d'Athènes en tant que nouvelle capitale, devenait essentiel pour raviver les splendeurs de l'antiquité et elle devait être à la hauteur de son image auprès du monde occidental.

Sous le règne du roi Othon (1832-1862), l'enseignement du dessin et de l'esquisse était dispensé à l'école (1836). En 1840, un département de peinture fut créé dans le cadre de l'Université technique nationale (fondée en 1835) qui, de 1853 à 1855, accueillit le professeur bavarois Ludwig Thiersch, lequel joua le rôle d'officier de liaison entre Munich et Athènes. Il faut reconnaître que le XIXème siècle fut le théâtre d'une relation fructueuse entre la Grèce et la Bavière. De nombreux étudiants de l'Université technique partaient pour Munich afin de poursuivre leurs études supérieures où ils surent s'intégrer à l'environnement académique prédominant tout en conservant leurs propres talents artistiques. Nikolaos Ghizis (1842-1901) fut par exemple nommé professeur à la Konstlerakademie de Munich. Ghizis et son compatriote Nikiphoros Lytras (1832-1904), originaires de Tinos, devinrent les deux figures de proue d'un groupe de peintres alliant les tendances académiques aux performances techniques avancées et ils fondèrent l'École de Munich. De retour en Grèce, Iakovidis (1853-1932) occupa une place importante sur la scène artistique mondiale. Notons l'existence de la Pinacothèque depuis le début du XIXème siècle, mais ce n'est qu'en 1970 que ses collections furent définitivement exposées dans un musée.

Theodoros Vryzakis (1817-1878) est régulièrement considéré comme le premier peintre de la Grèce moderne et ses oeuvres se distinguent par le fait qu'elles illustrent, plus qu'elles n'interprètent, le combat pour la liberté et qu'elles sont émouvantes de naïveté. Demeurant à Munich, Vryzakis devint l'un des fondateurs de l'École du même nom. L'origine du style de peinture ''fustanella'' ne trouve pas seulement sa source d'inspiration dans l'École de Munich mais aussi dans les influences italiennes et françaises.

Les progrès dans le domaine de la peinture amenèrent l'État grec à participer aux Expositions universelles de Paris (1855) et de Londres (1862) où certaines des oeuvres d'art envoyées furent d’ailleurs primées. À cette époque, deux associations furent fondées dans le but de promouvoir les arts : l'association des Beaux Arts et l'association hellénique des Sciences et des Arts.

Yannoulis Halepas (1851-1938) : sa biographie a tout de la fiction. Après des études à Munich, il produisit des oeuvres associant les techniques néoclassiques à son observation réaliste. Souffrant d’une maladie mentale, il disparut de la scène artistique pendant près d'un demi-siècle mais dès 1920, il se remit à la sculpture et produisit des oeuvres exemptes d'influences académiques, mais néanmoins empreintes d'une profonde spiritualité.

 

Le XXème siècle

En 1897, la ''Société des Amis des Arts'' fut fondée dans le but de promouvoir les oeuvres d'une génération d'artistes d'origine européenne. En 1900, elle organisa une exposition à laquelle participèrent entre autre deux peintres grecs incontournables du XXème siècle : Constantinos Parthenis (1878-1967) et Georgios Bouzianis (1885-1959). Parthenis devint plus tard la figure de proue de l'École nationale de peinture.

En 1901, une publication exclusivement consacrée aux arts vit le jour et était intitulée Pinakothekes (Pinacothèques). Sa parution coïncida avec le Festival Olympia se tenant au Zappeion Megaron.

Les victoires de la Grèce lors des deux guerres balkaniques et de la Première Guerre mondiale instaurèrent un climat d'allégresse et un esprit d'optimisme dans le domaine de l'expression artistique, tandis que la tragédie en Asie mineure engendra une nouvelle prise de conscience nationale. La Grèce avait peut-être perdu des territoires, mais en revanche elle avait acquis une meilleure compréhension d'elle-même.

À l'entre-deux-guerres, Georgios Bouzianis, artiste grec séjournant à Berlin, faisait partie du mouvement expressionniste et en fut un représentant majeur. Ceci explique l'incompréhension et le rejet dont il fut victime dans son propre pays. Photios Kontoglou (1895-1965) fut également un artiste de grande envergure. Son but consistait à mêler la tradition byzantine à l'exigence du modernisme "hellénocentrique". En ce sens, il eut un impact décisif sur ''la génération des années trente'', groupe artistique grec dont certains représentants furent très actifs en Grèce et à l'étranger. Parmi ses membres notons Nikos Ghikas (1906-1995), Yannis Tsarouchis (1910-1989), Diamantis Diamantopoulos (1914-1996), Nikos Engonopoulos (1910-1985), Yorgos Mavroidis (1913-), Yannis Moralis (1914-) et Nikos Nikolaou (1909-1986). Cette génération d'artistes, dont le plus représentatif était sans doute Yannis Tsarouchis, associait des éléments artistiques à des éléments vernaculaires (par exemple la peinture à deux dimensions de Matisse au théâtre d'ombres de Karaghiozis). En réalité, ils furent plus actifs après la Seconde Guerre mondiale et avaient pour maîtres Parthenis et Kontoglou, ainsi que Théofilos (1867-1934). Cette génération souhaitait avant tout mettre en exergue la grécité, courant semblable à celui développé à la même époque par les Italiens dans l'italianita et par les Espagnols dans leur quête de l'hispanidad. La grécité pourrait être définie comme le désir tardif d'exploiter l'antiquité, comme une sorte de renaissance lente et localisée, ou une forme de néoclassicisme persistant, dans l'ignorance la plus totale, mais tourné vers le XXème siècle.

En 1930, l'École des Beaux-Arts fut élevée au rang d'université et réorganisée sous la direction du sculpteur Constantinos Dimitriadis, créateur du populaire Discobole érigé devant le Stade Panathénaique. Il fut également le premier président de la nouvelle association des artistes grecs, fondée en 1937. Cette institution jouissait du soutien de l'État et se trouvait à l'opposé du spectre du groupe artistique d'avant-garde.

 

L'après-guerre

En 1945, avec la contribution du gouvernement français, un groupe d'artistes novateurs d'orientation idéologique progressiste (tels K. Koulentianos et Ianis Xenakis) ont pu s'exiler à Paris pour fuir les conséquences de la Guerre civile en Grèce. Depuis lors, Paris accueille une communauté culturelle grecque dont l'influence s'est révélée extrêmement positive pour la production artistique de la Grèce.

Les années 1960 furent une époque de bouleversement intense pour les arts plastiques. Cette année, Yannis Spyropoulos (1912-1990) représenta la Grèce à la Biennale de Venise et obtint le Prix de l'UNESCO pour son ''Oracle''. Il exposa ensuite dans quelques uns des plus grands musées du monde et il est considéré comme le plus célèbre représentant grec de l'art abstrait.

D'autres artistes purent étudier à Berlin grâce aux bourses DAAD (Costas Tsoclis, Alexandros Akrithakis, Jannis Psychopedis, S. Logothetis) et aux Etats-Unis grâce aux institutions Fulbright (Costas Varotsos) ou Ford (Thodoros, N. Theophylaktopoulos, D. Kokkinidis).

La chute de la junte en 1974 a marqué le retour à la démocratie et l'adhésion de la Grèce à l'Union européenne (1981). Les échanges internationaux ont fortement influencés les arts plastiques.

En 1985, Athènes fut la première ville européenne nommée Capitale culturelle annuelle d'Europe, suivie par Thessalonique, en 1997. Cette année-là, Alexandros Psychoulis (1966-) a remporté le prix Benese à la Biennale de Venise pour son œuvre ''Boîte noire'' associant l'informatique à la vidéo. Il est évident que, malgré l'absence de fonds alloués au domaine artistique (Athènes ne possède pas de musée d'Art moderne), la Grèce parvient à laisser son empreinte sur la scène artistique internationale, et mérite à ce titre d'être reconnue.

Yannis Kounellis (1936-) s'installa en 1994 à bord du navire IONION amarré dans le port du Pirée. Son exposition marqua un événement artistique majeur qui influença l'art grec d'avant-garde.

L'Association des propriétaires de galeries grecques organise depuis 1993 la Foire annuelle ART-ATHINA où toutes les galeries grecques et quelques étrangères ont présenté des oeuvres d'art contemporaines. Fort de son succès, cet événement remplace désormais ''les Panhellénies''.