Filipi (Philippes)

 

Lors de sa construction en 360/359 av. J.-C. par des colons de Thasos, elle était connue sous le nom de "Crénides" (Krénidès) mais elle prit le nom de Philippes II de Macédoine quand il eut l'idée de la fortifier. Le destin de l'Occident s'y joua au moins deux fois : en 42 avant J.-C., Octave et Antoine y ont battu les Partisans de la République romaine Brutus et Cassius; en 49 après J.-C., saint Paul y a prêché pour la première fois et y a jeté les bases du christianisme. C’est dans ces plaines au nord de Kavalla que Brutus et Cassins, les assassins de César, se suicidèrent en 42 av. J.-C. après leur défaite face à Antoine et Octave. Après la bataille, la ville devient une importante colonie romaine d'orient sur l'itinéraire de la Via Egnatia dont des vestiges significatifs sont encore visibles au bord de la route moderne Kavala - Filippi (propylées...). C'est également ici que saint Paul fit sa première prédication en Europe et y fonda la première église chrétienne d'Europe en 49/50. Lors de la période byzantine (963-969), les murs de la ville ont été reconstruits en même temps que la construction des tours et le mur de l'acropole.

Ce site archéologique est le plus important de la Macédoine orientale. Les ruines de la ville sont étendues et variées comprenant des vestiges grecs et romains, des restes d'un sanctuaire égyptien (sur le chemin de l'acropole) et d'une basilique chrétienne, des tours et des remparts byzantins. Notons les églises byzantines dont les vestiges de la plus anciennes église octogonale (+/- 350). De l'acropole, la vue sur la région est belle. Les fouilles commencèrent en 1914 et les découvertes sont exposées au musée de Filipi. La plupart des monuments ont été reconstituées.

 

Le site archéologique :

Au centre du site archéologique situé en dehors de la ville, gisent les ruines du forum de la ville gréco-romaine construite par Octave après la fameuse bataille qui se termina par la défaite des assassins de Jules César. Le forum, entouré de portiques sur trois côtés, comprenait des fontaines, une tribune, des temples et une bibliothèque. On remarque également les vestiges de deux imposantes basiliques paléochrétiennes (Philippes fut la première ville d'Europe où l'Apôtre Paul prêcha le christianisme en 49). Au sud du forum se dressent les ruines de la basilique B (VIe s.), représentant une tentative malheureuse de passage du type basilical au type d'église en croix grecque à coupole. Pour permettre sa construction, une agora et une grande partie de la palestre furent arasées. Une des deux était une vaste basilique dont il reste deux colonnes massives supportant un arc, construite sur l'emplacement d'un ancien sanctuaire. Bains romains. Parmi les vestiges de la seconde basilique située un peu plus loin, on retrouve quelques tombeaux et quelques mosaïques.

A l'angle S-E, les vestiges des latrines publiques, avec leurs 50 sièges en marbre presque tous in situ, sont également très intéressants. Au nord du forum, un escalier monumental mène à une terrasse avec propylée où, vers 500 ap. J.-C., fut érigée une gigantesque basilique (basilique A) détruite quelques années plus tard par un séisme. C'était une basilique à 3 nefs, avec un transept et une abside semi-circulaire. Son côté occidental était prolongé par un narthex au nord duquel furent découverts un baptistère et un atrium. Non loin de là, on peut également voir une crypte de l'époque romaine ou Saint Paul aurait été incarcéré. Notons aussi l’existence de tombes macédoniennes à l’extérieur côté est du forum (IIe siècle av. J.-C.).

 

Les monuments les plus importants du site sont :

Le forum (ou agora) date IIe siècle après J.-C. (époque romaine) et était le coeur politique, religieux et commercial de la ville. Il remplace un forum plus simple mais de même extension, datant du milieu du 1er s. apr. J.-C., et encore visible par endroits et fut remanié à l'époque paléochrétienne. Différents édifices sont situés autour de la place centrale, des fontaines (Nord) et une tribune destinée aux harangues publiques en son centre. Aux angles Nord-Ouest et Nord-Est, nous trouvons des temples corinthiens. Au sud se trouve la voie dallée menant à l'Est vers le marché et l'octogone et à l'Ouest vers la palestre. A gauche nous avons les latrines collectives avec un système d’eau courante parfaitement conservé.

En arrivant sur la place on peut remarquer les ornières laissées par les roues des chars dans le pavement du decumanus formant le tronçon urbain de la Via Egnatia. Il a été exhumé tout au long du côté nord du forum, sur 100m environ. A l'Ouest, à la sortie du forum, il passait sous une porte monumentale dont il subsiste les piliers. Le long du decumanus, sur le forum, se dressent les vestiges de la tribune aux harangues et d'un édifice ionique. De la Curie, il reste de nombreux fragments architecturaux épars sur le sol dont le fronton a été en partie reconstitué à plat sur le sol (mieux visible depuis l'escalier d'accès à cette partie du site). Près de l'angle SO se trouve une table de mesures en marbre, creusée de cinq cupules. Non loin, on verra, sur le stylobate du portique sud, de petits trous creusés pour jouer aux billes et, ailleurs, sur les dalles de la place, des cercles pour des jeux de dés. Les nombreux éléments architectoniques du temple Est ont été disposés en ordre. Remarquez à proximité les vestiges d'une base monumentale pour les statues élevées en l'honneur de prêtresses de l'impératrice Livie, base dont une plaque est conservée dans la cour du musée. A l'angle SE du forum gisent les fragments de l'entablement d'une bibliothèque s'ouvrant sur le portique est.

Le côté sud du forum était bordé de boutiques ouvrant en contrebas sur une rue au-delà de laquelle on parvient au marché, en partie recouvert par la basilique B. On y accède par un chemin aménagé au milieu du côté sud du forum.

Sur le dallage du hall du marché, on note plusieurs jeux gravés dans les dalles, par exemple des cercles coupés en secteurs égaux par quatre diamètres et qui servaient au jeu de la marelle assise, cité par Ovide dans l’art d'aimer.

 

Temples : Le temple ionique IIIe - IIe siècle av. J.-C. (époque hellénistique) est situé près des ruines d'une basilique. Le temple d'Apollon Komaios et d'Artémis (situé à l’Est de l'agora romaine) date de la fin IVe siècle av. J.-C.

Sur le talus au Nord-Est de la basilique A en direction du théâtre nous avons à la base du rocher une série de petits temples des IIe et IIIe siècles décorés de reliefs rupestres (+/- 200). De l'un d'eux subsistent encore trois grandes niches et une banquette et sur la droite, plusieurs inscriptions latines sont gravées sur la roche (IIe et IIIe s.), donnant la liste des membres d'un collège religieux, à caractère funéraire, et la liste des souscripteurs qui contribuèrent à la construction et à l'ornementation du temple de ce collège, consacré à Silvain. Le sanctuaire des dieux égyptiens est situé sur le versant sud de la colline à +/- 150m de la basilique (cultes d’Isis, de Sarapis et d’Harpocrate).

 

Les quelque 180 reliefs et inscriptions rupestres gravés sur les flancs S. et S.-O. de l'acropole de Philippes sont assurément l'une des curiosités notables du site. Ils sont groupés en grand nombre au-dessus du théâtre, à l'extérieur du grillage qui entoure les ruines. On en trouve aussi au-dessus du musée, le long du chemin conduisant au sommet de l'acropole et passant à proximité du sanctuaire des divinités égyptiennes, ainsi qu'à l'extrémité ouest de la ville, 1 km plus loin, au-dessus du monastère de Sainte-Lydia. Plus de la moitié des reliefs représentent Diane chasseresse, armée d'un arc, accompagnée d'un chien et lancée à la poursuite d'un cerf ou d'une biche. Il arrive que la déesse brandisse de la main droite une courte lance et qu'elle tienne dans la main gauche un rameau. Les nombreuses offrandes à la chasseresse témoignent de l'ancienne vénération dont la déesse jouissait dans la région et qui s'est prolongée jusqu'à l'époque impériale. On estime en effet que la plupart des reliefs rupestres datent du IIe ou même du IIIe s. ap. J.-C. A côté des représentations de Diane, on aperçoit souvent la figure d'une femme, drapée dans un long vêtement, déesse, prêtresse ou simple fidèle. Parmi les autres divinités représentées ici, mentionnons le Héros-Cavalier, dieu d'origine thrace, Jupiter, Minerve, Cybèle, etc.

Au sommet de l'acropole, à une vingtaine de mètres au S. du bastion inférieur de la forteresse byzantine, plusieurs dessins (bateau, char), remontant sans doute au milieu du 1er millénaire av. J.-C., ont été découverts.

 

Le théâtre : Situé au N-E, adossé aux remparts et à la pente de l'acropole, il date du IVe s (probablement par le Roi Philip II) mais il ne reste rien de cette époque car il fut profondément remanié durant la période romaine. Au IIIe s. apr. J.-C., il fut aménagé pour permettre des combats de gladiateurs et des chasses d'animaux sauvages. De nouvelles rangées de gradins furent construites aux IIe et IIIe siècles après J.-C. et la scène remaniée. On peut voir trois bas-reliefs (du IIIe s. également) représentant Némésis, déesse protectrice des jeux de l'arène, Mars et Nikè. Actuellement restauré, il prête son cadre à des représentations de théâtre antique.

Le rempart qui jouxte le théâtre et monte jusqu'au sommet de l'acropole fut élevé au Bas-Empire, le plus souvent sur les fondations du mur construit par Philippe II après 356 av. J.-C. L'une des portes principales de la ville, percée dans ce rempart, est visible à proximité du théâtre (en contrebas de l'autre côté de la grand-route). Le donjon qui se dresse au sommet de l'acropole, presque au milieu du réduit, fut bâti par les Byzantins au Xe s. de notre ère.

A l'époque hellénistique, le rempart macédonien était renforcé par des tours quadrangulaires, à peu près régulièrement disposées en saillie, et par des dents de crémaillère. Il descendait la pente sud de l'acropole pour envelopper la ville. Son tracé, visible tout au long, peut être suivi dans la plaine par les chemins ruraux.

 

La palestre (IIe s. apr. J.-C.) fut arasée et en grande partie recouverte lors de la construction de la basilique B. La palestre a comporté une cour centrale péristyle, des salles et un petit amphithéâtre. Remarquer surtout les vestiges d'un petit odéon à gradins destiné aux lectures publiques. Au Sud, les grandes latrines de la palestre sont exceptionnellement bien conservées. Au-delà vers le Sud on peut voir des vestiges de bains.

 

L’acropole : Les fortifications datent de l'époque byzantine (IX et Xe siècle). Le mur d'enceinte fut construit sur des vestiges de l'époque hellénistique et une nouvelle tour quadrangulaire fut bâtie à l'époque des Paléologues. Du mur d'enceinte fortifié du IVe siècle av. J.-C. et long de 3,5km, les parties les mieux conservées sont situées sur la colline et autour de l'acropole. Les deux portes les plus importantes sont celles de Crénidès et de Neapoli, dans les axes des artères actuelles. La ligne des murs commence au sommet de la colline et entoure le pied de la colline ainsi qu’une partie de la vallée en contrebas. La construction a été réalisée en deux phases : d’abord par Philippe II puis par Justinien I en 527-565. À l'intérieur de l'acropole il y a une tour datée à la période byzantine tardive.

 

La villa avec bain : Située au Sud de la cité, elle est décorée d’une mosaïque de +/- 250 après J.-C. Cette maison de deux étages est située à l'est de l'octogone. Le complexe inclut également le phiale, un baptistère et un passage monumental vers par la voie Egnatia.

 

La prison de l'Apôtre Paul : Selon la tradition, c’est à cet endroit que l’Apôtre Paul a été emprisonné. La structure provient d’un réservoir à eau romain converti plus tard en endroit de culte.

 

Les églises :

La basilique A (fin du Ve s.) est une grande basilique à 3 nefs de style hellénistique (130x 50m) sur une terrasse qui domine la route moderne. L’extension vers le Nord menait à une tribune et à une chapelle décorée de fresques imitant le marbre. Elle était précédée à l'Ouest d'un atrium d'où l'on passait dans le narthex communiquant avec le baptistère. Dans le sanctuaire, quelques marches conduisaient au petit dépôt des reliques situé sous de l'autel. On n'y accédait qu'exceptionnellement. Après destruction de la basilique, une petite église a été construite dans l’angle Sud-Ouest. La citerne située en-dessous est décorée de fresques. Découverte en 1878, elle est considérée depuis comme la "Prison de l'apôtre Paul".

La basilique B également à 3 nefs, se signalant à l'attention par de hauts piliers, a été construite vers 550 en incluant 4 piliers massifs en marbre d'un bâtiment plus ancien. Il semble qu'elle ne fut pas achevée à la suite de l'effondrement de la coupole. L’Atrium n’a jamais été bâti. Elle est de type architectural "basilique à coupole" proche des nouveautés statiques du VIe s. Dans cette église, les Bulgares firent graver en 837 une inscription en langue grecque (conservée au musée), pour relater une expédition contre les Smolianes, peuplade slave qui occupait la région comprise entre le Strymon et le Nestos. Cette basilique se composait d'un narthex s'ouvrant à l'Ouest sur un espace devant être l'atrium, et d'un naos à trois nefs flanqué en son extrémité orientale par deux petites constructions à abside. Celle au Nord, où se trouvait le trône de l'évêque, comprenait un baptistère et un chrismarion servant à la préparation et au cérémonial du baptême. Les deux pièces du Sud formaient sans doute le diaconicon où l'on abritait les offrandes fidèles remises aux diacres pour la communauté ou pour la célébration de la messe. Après l'effondrement de la coupole, le narthex fut flanqué à l'Est d'un petit choeur secondaire empiétant sur la nef centrale désormais hors d'usage.

Située à l'Ouest de la basilique A, près du musée, la basilique C (VIe s.) est une grande basilique paléochrétienne à 3 nefs à la riche déco en marbre.

L’Octogone est la métropole dédiée à l'apôtre Paul. Carrée à l'extérieur, elle est octogonale à l'intérieur. L’accès se fait via un portique à 3 nefs conduisant au narthex. A l’Ouest du portique se trouve un bâtiment destiné à loger les pèlerins. Comme bâtiments annexes notons également la phiale, le baptistère à 4 parties (vestiaire, cathéchoumeneion, photistérion et chrismarion) et une petite installation de bains avec un corps extérieur (frigidarium), un transitoire (tepidarium) et un intérieur (caldarium). Construit sur un oratoire préexistant avec mosaïque et contre un tombeau hellénistique en forme de temple, c’était le premier lieu de rassemblement des chrétiens à Philippès.

Nous avons encore les ruines d’une basilique funéraire des IVe et Ve siècles à côté d'une église plus importante. Tombeaux dans les 2 églises.

 

Près de l'angle S0 de l'atrium de la basilique A, un passage coudé conduisait à une citerne romaine. La tradition locale plaçait en cet endroit la prison où saint Paul avait été incarcéré. En haut de l'escalier, remarquer à gauche les vestiges d'un édifice aux puissantes fondations en pierre de taille (peut-être un temple ou un héroon, un monument aux héros), que les Byzantins transformèrent en citerne.

 

A l'Est du forum s'étendent les restes de l'un des centres épiscopaux les mieux conservés de Grèce et des Balkans. On y parvenait par une voie à portiques s'ouvrant sur la Via Egnatia par un propylon à trois baies. A gauche se trouvent les restes peu intéressants d'un petit bain, ou loutron, formant une annexe à l'église. Avant d'atteindre la cour précédant la basilique, on traversait une salle rectangulaire formant une sorte de propylée. A gauche se trouve ensuite un ensemble de pièces dont la première était une fontaine monumentale (phialè) à ciel ouvert dont le centre était occupé par un bassin. Près de la phialè se trouvait le baptistère au sol pavé de dalles de marbre. Les fonts baptismaux, en forme de croix de Malte étaient également revêtus de marbre. Au-delà de la fontaine s'étend l'octogone, précédé d'un narthex. La salle principale, entourée d'un déambulatoire à tribunes, était autrefois couverte d'une coupole maçonnée ou d'une toiture en charpente octogonale. Le corps de l'édifice changea de forme au VIe s. par l'adjonction de quatre exèdres. L'abside très saillante contenait un synthronon, c'est-à-dire les degrés où prenait place le clergé. Une table d'autel et une clôture à courte solea complétaient le sanctuaire (restes de deux ambons, l'un au centre, l'autre contre la clôture). Un corridor flanquait l'octogone au Sud et à l'Est où il rejoignait la ruelle séparant le quartier liturgique des annexes économiques du palais épiscopal. Sous le bâtiment a été mise au jour une salle basilicale dépourvue de nef et décorée d'un pavement en mosaïque sur lequel se lit une inscription où l'édifice est appelé « basilique de Paul » (l'Apôtre) et où figure le nom du fondateur, l'évêque Porphyrios, connu par les listes conciliaires du milieu du IVe s. (aujourd’hui au musée).

A l'extérieur de l'octogone, contre le flanc Nord, on a dégagé une tombe macédonienne du IIIe s. av. J.-C. Au N.-E., une insula a livré une série de salles et d'entrepôts, dont des pressoirs à vin. A l'étage devait se trouver une partie des appartements épiscopaux. Des fouilles récentes vers l'Est ont dégagé plusieurs rues dallées le long desquelles apparaissent les vestiges de nombreux bâtiments.

 

Le musée archéologique renferme des objets néolithiques provenant de l'habitat préhistorique de Dikili, de Tash et de Sitagri, ainsi que des antiquités hellénistiques, romaines et paléochrétiennes trouvées dans la région de Filippi. A l'extérieur se trouve le pavement en mosaïque d'une ferme paléochrétienne de Voïrani (Ouest de Philippès).

 

Notons encore un habitat de style gréco-romain constitué de pièces s’articulant autour d'une cour (IVe s.). A l’extérieur des remparts orientaux nous avons un cimetière paléochrétien. Quelques tombes avec fresques. Enfin notons un monument romain élevé par l'officier C. Vibius.