Argos

 

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Argos signifie la "plaine". Cette ville historique du Péloponnèse, localisée à 13km de Mycènes, est aujourd'hui le centre agricole et commerçant du département. Ce serait une des plus ancienne ville du Péloponnèse (voir de Grèce), existant depuis le néolithique (habitée depuis +/- 2000 av. J.-C.) Les vestiges de la cité préhistorique sont situés sur la colline Alpis, mamelon arrondi au pied de la colline où se trouve l'acropole. La ville moderne couvre en grande partie la ville antique. Ce serait le lieu de naissance de la monnaie.

La ville a conservé quelques-uns de ses bâtiments néo-classiques tels le marché couvert et les casernes datant de l'époque de Capodistria. Le musée archéologique (rue V. Olga) abrite d’intéressantes trouvailles. Après la destruction de Mycènes et de Tirynthe par les Doriens, Argos connut un grand essor et fut au VIIe s. av. J.-C., l'une des cités grecques les plus puissantes. Des chefs-d'oeuvres sortis de ses ateliers décoraient temples et sanctuaires. Le visiteur les trouvera, brisés par le temps, dans l'ancienne agora située sur la route de Tripoli. Nous avons encore l'ancien théâtre grec (IVe s. av. J-C.) d'une capacité de 20.000 places (en pitieux état), les sanctuaires d'Apollon Deiradiotes et d'Athena Oxyderkes, les thermes romains, un aqueduc romain en parfait état, une église byzantine et un fort sur l'ex acropole.

 

Le début de l’organisation de l’Agora antique d'Argos dans le sud de la ville en partie sur une nécropole de la période géométrique date du Ve siècle av. J.-C. tandis que la fin du programme architectural date de la fin du IVe siècle av. J.-C. Pendant les périodes classiques et hellénistiques, l'agora a été entourée de portiques et de bâtiments à peine visibles aujourd’hui sous les phases architecturales postérieures dont la construction par les Romains de bains et de boutiques. Selon Pausanias, elle était entourée de dix-huit temples au temps de la splendeur d'Argos. Elle a subi d'importants remaniements lorsqu’un établissement thermal fut érigé au Sud du portique au IIe s. apr. J.-C. Parmi les bâtiments découverts les plus importants sont :

Un grand hall hypostyle de 32m de côtés et couvert d’un toit soutenu par 16 colonnes ioniques alors que le côté principal comptait 15 colonnes doriques (porche). Il a été construit vers 460 av. J.-C. au moment où Argos a adopté le régime démocratique et pourrait avoir été un « Bouleutherion ». Ce hall fait partie des rares vestiges de ce qui était le coeur de la cité antique. De récentes fouilles menées au N.-E. de la salle hypostyle ont mis au jour d'une part, les vestiges d'un petit enclos du milieu du VIe s. av. J.-C. délimité par des bornes et consacré à la mémoire des Sept contre Thèbes, d'autre part, sous un portique très ruiné, les restes d'une grande structure en calcaire de forme semi-circulaire outrepassé, d'environ 28 m de diamètre (peut-être le lieu de réunion de l'Assemblée argienne des Quatre-vingts attestée par Thucydide pour l'époque classique ou plutôt une piste de danse bordée de quelques gradins pour les spectateurs et destinée à l'évolution de danseurs en l'honneur de quelques divinités, peut-être Apollon).

Au-delà de cette salle, vers l'Est, se développait un portique aux colonnes doriques construit dans la seconde moitié du Ve s. av. J.-C. mais remanié à l'époque romaine. Il devait occuper une position centrale dans l'agora et assurer la liaison entre plusieurs espaces ou places de plan vraisemblablement irrégulier. A l'intérieur de ce portique était installée une palestre, elle-même réutilisée comme cour dans un ensemble thermal installé sur l'agora vers la fin du IIIe s. apr. J.-C.

A l'Est du portique, on a dégagé un réseau d'égouts datant de la fin de l'époque classique et resté en usage jusqu'au début du Moyen Age. C’est peut-être là qu'il faut situer l'endroit appelé « delta », sans doute à cause de sa forme, mentionné par Pausanias.

Le coeur même de l'agora, avec les monuments les plus importants, devait se situer au Nord du portique. A proximité immédiate du long côté de celui-ci fut aménagée une piste de course (comme sur les agoras d'Athènes et de Corinthe) à la fin de l'époque classique. Les restes de la ligne de départ sont encore visibles.

Les vestiges les plus représentatifs sont les ruines des deux nymphées du IIe s. apr. J.-C. : l'un carré, l'autre (plus à l'Est) de forme circulaire portant une inscription difficilement déchiffrable gravée sur l'architrave. A l'Ouest de ce dernier apparaissent les ruines d'un édifice rectangulaire romain abritant une base faite de blocs remployés sous laquelle se trouvent les fondations d'une base en pôros plus ancienne. C'est au Nord de ces monuments, du côté de la rue moderne, que se trouvait sans doute le temple d'Apollon Lycien, selon Pausanias le plus remarquable de tous les sanctuaires argiens.

Sur le flanc de la colline de la Larissa, le théâtre est l’un des plus vastes de Grèce. Il pouvait accueillir 20 000 spectateurs (plus que ceux d'Athènes ou d'Epidaure). Construit vers la fin du VIe s. ou peut-être au début du IIIe s. av. J.-C., il fut remanié à deux reprises durant la période impériale romaine (IIe s. apr. J.-C.) puis à la fin du IVe s., lorsque l’orchestra fut transformée en bassin pour que l’on puisse y donner des combats nautiques ou naumachies. Pausanias nous signale que l'on pouvait voir dans ce théâtre un groupe sculpté représentant un guerrier argien du nom de Périlaos, tuant le Spartiate Othanadas. Cette oeuvre évoquait le droit d'Argos sur la Thyréatide, territoire frontalier avec Sparte que les Argiens disputèrent aux Lacédémoniens tout au long de leur histoire. Semi-circulaire, il incluait la base d'un autel plus ancien, peut-être du sanctuaire d'Apollo Lykeus. Une inscription sur le théâtre indique sa restauration par l'empereur Hadrien. Les gradins sont taillés dans la roche et les 89 rangées pouvaient contenir 20.000 spectateurs.

L’odéon semi-circulaire, situé à une centaine de mètres au Sud du théâtre (passer entre celui-ci et les thermes romains), fut construit durant la période romaine, peut-être au Ier s. apr. J.-C., puis remanié au IIIe s. Probablement couvert d'une toiture, il devait servir de lieu de réunion à l’Assemblée argienne. Il s'élève à l’emplacement d'un théâtre à gradins droits, taillés dans le roc, dont certains sont encore visibles. Des représentations musicales y avaient avaient lieues.

Immédiatement au Sud de l’odéon gisent les ruines de l’Aphrodision, sanctuaire d'Aphrodite avec un temple érigé vers 430-420 av. J.-C. sur le site d'un lieu de culte archaïque. Il fut détruit lors de l’invasion des Goths. A l’Est de ce temple, se trouvent les restes d'une stoa archaïque.

Au Nord-est du théâtre se trouve le Kritérion et un peu plus haut, le Nymphée à abside où aboutissait l'aqueduc de l'époque d'Hadrien encore visible de nos jours sur le versant de la colline, allant à l'église de la Vierge Katakékrymméni ou du Rocher.

Durant la période romaine, lors de la transformation du lieu aux IIe et IIIe siècle après J.-C., plusieurs bâtiments ont vu leur forme et leur fonction changer, notamment en magasins et fontaines. Notons les thermes romains à l’angle nord-est de l'agora et, un peu plus au nord, la maison aux mosaïques (déplacées au musée d'Argos). Au IVe siècle, un dernier monument a été construit. L'invasion du Goths en 395-396 accélère la destruction et la disparition des monuments de l'agora. Le centre de la ville avait été déplacé. Les fouilles du site ont débuté en 1904 pour être reprises en 1952.

Les thermes romains sont situés presque en face de l’entrée bordés au Nord par une rue menant au théâtre. Dans leur premier état, au Ier s. apr. J.-C., les bâtiments se composaient d'une grande salle à abside et de trois pièces transversales ouvrant sur un portique à quatre côtés. Agrandis au IIe s., les thermes furent restaurés après l’invasion des Goths. Devant leur ampleur on imagine que ces établissements n'avaient pas seulement une fonction hygiénique, ils étaient le lieu d'une vie intense qui en faisait une dépendance de l'agora. D'ailleurs, leur situation entre l’agora et le théâtre ne laisse planer aucun doute sur leur vocation sociale.

Un grand promenoir transversal ou salle de déshabillage (apodyterium) communique à gauche avec une vaste salle à abside qui devait constituer une salle de réception. De la salle de déshabillage on passe dans le frigidarium (ou salle froide), vaste pièce qui comportait trois piscines, puis dans l’un des deux caldaria (ou salles chaudes) dont le plancher était soutenu par des piliers de briques rondes au-dessus des hypocaustes ou fourneaux souterrains (la circulation de l'air chaud pouvait ainsi se faire sous le plancher et, grâce à des dispositifs spéciaux, le long des murs). Les salles chaudes comportaient également une ou plusieurs piscines. A l’extrémité la plus proche de l’entrée du site se trouvait un troisième caldarium pourvu de trois piscines plaquées de marbre.

 

Situé au nord-ouest d'Argos, le château « Larissa » se trouve sur la colline du même nom donnant sur la ville d'Argos et a été fondé au VIe siècle av. J.-C. Lors de la période byzantine, la forteresse avait une importance stratégique essentielle et en 1203 a relevé de la commande de l'archon de Nauplion, Leon Sgouros. En 1212, elle a été capturée par Othon De La Roche et a été commandée par les Grecs jusqu'en 1388. Dès 1394 elle était occupée par les Vénitiens jusqu'à sa prise par les Turcs en 1463 pour rester sous leur commandement jusqu'en 1822, domination interrompue seulement entre 1686 et 1715 où il fut sous l'emprise de l'amiral vénitien Morozini. L'emplacement a été libéré par les Grecs en 1822. Quelques travaux de restaurations ont été effectués. Les monuments les plus importants de l'emplacement sont :

Le château dont le mur extérieur en fer à cheval possédant une entrée et était renforcé par des remparts et des tours (carrée, ronde, triangulaire et octogonale). Une seconde enceinte intérieure forme la petite forteresse supérieure. La construction sur la double enceinte de l’acropole antique remonte principalement à la période médiévale mais des traces des vestiges plus anciens ont été également découverts. Entrée gratuite.

La petite église byzantine au-dessus du mur nord de la forteresse intérieure.

Accessible par une route asphaltée, il vaut la peine d'y monter pour admirer les fortifications franques et vénitiennes ainsi que la vue particulièrement belle au coucher du soleil, l'heure à laquelle les couleurs vibrent. On y jouit d'un panorama sur tout le golfe de Nauplie. Au flanc de la colline se trouve le monastère de la Panagia Katakekrymmeni ou Vierge du Rocher. L’église est peut-être construite sur l'emplacement du sanctuaire antique d'Héra Akraia.

 

Le mamelon arrondi d'Agios Ilias, au-delà du col de la Déiras le séparant de la colline de la Larissa, correspond à l'ancienne Aspis (« le bouclier »). Outre une belle vue sur le kastro de la Larissa, on y verra les ruines d'une forteresse antique et les pauvres vestiges d'un sanctuaire dédié à Apollon et Athéna. Au pied de la colline, l'Ecole française d'Athènes a mis au jour plusieurs tombes mycéniennes.

La forteresse hellénique située près de la chapelle consacrée à Agios Ilias au sommet de la colline, date probablement du IVe s. av. J.-C. Elle repose par endroits sur des restes d'une enceinte préhistorique (porte d'enceinte) en appareil cyclopéen, qui protégeait le plus ancien habitat de l'Argolide après celui de Lerne (Helladique Ancien).

 

Sanctuaires d'Apollo Deiradiotes et d'Athéna Oxyderkes

Tout ce qui a survécu du sanctuaire d'Apollo Deiradiotes ou de Pythios est un escalier monumental taillé dans la roche et un autel. Les restes d'une basilique byzantine sont évidents. Sur une plus haute terrasse à l'est, il y a un bâtiment rectangulaire avec un vestibule interne (un oracle ?) et sur une troisième terrasse, les bases d'un bâtiment avec un réservoir couvert (Asklepieion ?). Sur une terrasse inférieure, sont préservés les restes de tholos probablement identifiés comme sanctuaire d'Athéna Oxyderkes (« la Clairvoyante »). Le sanctuaire est localisé sur la colline de Profitis Ilias, à Argos. Il est évident qu’une activité religieuse avait lieu sur le site dès la période archaïque (Vie siècle av. J.-C.), mais la plupart des monuments ayant survécu ont été construits lors du IVe siècle av. J.-C. Selon des inscriptions, le sanctuaire a été restauré à deux reprises, aux IVe-IIIe siècles av. J.-C. et vers le Ier siècle après J.-C. (période romaine). La basilique a été construit au Ve siècle pour être remplacée par une plus grande église lors de la période byzantine (Xe siècle). A l’heure actuelle, l'escalier monumental et l’esplanade le précédant sont employés pour des événements culturels. L'emplacement a été fouillé par l'école française d'archéologie à Athènes au début du XXe siècle. Les structures médiévales ont détruit les bâtiments plus anciens, ne laissant en place que leurs bases ou tailles dans la roche. Les trouvailles datent de la période comprise entre les VIIIe siècle av. J.-C. et Xe siècle après J.-C. (moments byzantins).

 

Au flanc du mont Evia, près de Vaserka à 9 km d'Argos, gisent les ruines de l'Heraion (entrée libre), consacré à Héra et considéré comme l'un des sanctuaires les plus importants de l'antiquité. C'est dans le sanctuaire d'Héra que les chefs achéens prêtèrent serment à Agamemnon, roi de Mycènes, avant la guerre de Troie. Héra, dont le culte était originaire du Péloponnèse, savait montrer de la mansuétude pour les siens. Elle avait ainsi accordé le sommeil éternel à Cléobis et Biton, les deux fils de Cysippe. Selon les fouilles, le site de l'Héraion correspond à celui de la Prosymna mycénienne dont l'acropole se trouvait vraisemblablement sur la butte où fut construit le temple. Le cap offre un extraordinaire panorama sur le golfe de Corinthe, les côtes du Péloponnèse et les montagnes du Parnasse.

Le temple primitif (VIIIe s. av. J.-C.) fut détruit par un incendie en 423 av. J.-C. Il fut rebâti un peu plus bas par l'architecte argien Eupolémos. Au-delà d'un puissant mur de soutènement (milieu du Ve s. av. J.-C.) dont les assises sont en retrait, ruines du portique Sud, construit vers le milieu du Ve s. av. J.-C. Sur la terrasse suivante s'étendent les restes du temple d'Héra ou Nouveau Temple, construit peu après 420 av. J.-C. par Eupolémos. La cella abritait la statue chryséléphantine d'Héra sculptée par Polyclète l'Ancien, ainsi qu'un xoanon de la déesse en bois de poirier que les Argiens avaient enlevé à Tirynthe en 468 av. J.-C. Les fouilles ont permis de retrouver de beaux morceaux des frontons dans le style de Polyclète (naissance de Zeus et gigantomachie d'un côté, scènes de la prise de Troie de l'autre) et des métopes (guerriers et Amazones).A gauche du temple, en contrebas de la terrasse, on aperçoit les ruines d'un bâtiment de plan carré avec cour centrale à péristyle. Daté du dernier quart du VIe s. av. J.-C., il est l'un des plus anciens exemples connus de ce type d'architecture. On y trouve trois chambres où l'on a reconnu des salles de banquet. La terrasse supérieure est occupée par les ruines du Vieux Temple (VIIIe s.) dont les vestiges conservés se réduisent à un tronçon du soubassement d'une colonnade qui, en cet endroit, repose sur le rocher aplani. Pour qui n'est pas fanatique d'archéologie, la vue sera l'attrait principal de cette excursion.

 

Notons encore le monastère d'Agia Marina.