Vergina

 

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Vergina est situé à 12 km au Sud-Est de Veria. La ville antique se trouvant sur le versant nord de la montagne a été clairement identifiée comme Aigai, première capitale du royaume de Macédoine. Les découvertes archéologiques témoignent que le site a été habité sans interruption depuis l'âge du bronze (3ème millénaire av. J.-C.) et qu'à l'âge du fer (XIe-VIIIe siècles av. J.-C.) il devenait un important centre riche et densément peuplé. La ville atteignit son apogée lors des périodes archaïque (VIIe-VIe siècles av. J.-C.) et classique (Ve-IVe siècles), lorsqu'elle devint le centre urbain le plus important de la région, le siège des rois macédoniens et l'endroit où furent établis tous sanctuaires traditionnels. Elle était déjà célèbre dans l'antiquité pour la richesse des tombeaux royaux situés dans sa nécropole. Les découvertes faites lors des fouilles sont exposées dans l'abri protecteur au-dessus des tombeaux royaux de Vergina et au musée archéologique de Thessaloniki. Les premières fouilles commencèrent au XIXe siècle.

Le cimetière de Tumuli est localisé au Nord-Est du village et remonte à la première période du fer. On peut y voir quelques stèles funéraires inscrites et des sculptures d'avant le IIIe siècle av. J.-C. dont la plus ancienne remonte au Ve siècle. La tombe macédonienne de Philippe II (336 av. J.-C.) est un monument funéraire inviolé d'un personnage historique, d'où son importance toute particulière. La façade dorique est décorée de fresques. Une seconde tombe macédonienne inviolée a été trouvée juste à côté et date du IVe siècle av. J.-C. Son vestibule est décoré d'une frise. La troisième tombe date du IVe siècle av. J.-C. Pour la conservation des tombeaux royaux, une structure a été établie en 1993 pour emballer et protéger les monuments antiques en maintenant une température et une humidité constantes, nécessaire pour la conservation des peintures murales. Extérieurement la structure a l'aspect d'un monticule de terre. Notons encore les vestiges d'une quatrième tombe et l'édifice de l’Hérôon. Il y a de fortes chances que les cendres retrouvées appartiennent à Philippe II. Les différentes découvertes sont exposées au musée de Vergina tandis que le site est visitable via un parcours souterrain.

Le palais et le théâtre sont deux importants monuments faisant partie du même complexe situé au Sud-Est du village sur le plateau d'une colline et datés du IVe siècle av. J.-C. Le palais, de plan simple, possède des salles organisées autour d'une cour centrale à colonnade (péristyle). Il comporte un tombeau circulaire (Tholos) consacré à Herakles Patroos, ainsi que de luxueuses salles de banquet pour le roi et ses dirigeants. Une de ces salles possède un plancher décoré de mosaïques.

 

Lorsque le professeur Manolis Andronikos se glissa dans la chambre funéraire par une ouverture ménagée dans le toit, son coeur balançait, avoua-t-il plus tard, entre la satisfaction du chercheur et la culpabilité sacrilège. Il entrait dans un lieu demeuré inviolé depuis sa fermeture solennelle, voilà plus de 23 siècles, par les officiants venus y déposer les restes d'un défunt. Un personnage d'importance, à en juger par l'abondance du mobilier funéraire et des offrandes révélés peu à peu par la lumière des torches des archéologues. Le plus remarquable restait pourtant à venir. Dans la pièce était installé un sarcophage de marbre. Lorsque le lourd couvercle en fut retiré jaillit l'éclat d'un coffret en or frappé d'un soleil: l'emblème de la dynastie macédonienne. A l'intérieur se trouvaient les ossements du défunt, enveloppés dans un tissu de pourpre dont on pouvait encore deviner les restes. En considérant de nouveau les objets disséminés autour de la pièce, bouclier et épée d'apparat, cuirasse richement ornée, le professeur Andronikos eut alors l'intuition qu'il venait de pénétrer dans le tombeau de Philippe II de Macédoine, le père d'Alexandre le Grand. Une découverte extraordinaire à laquelle aucun archéologue n'avait osé rêver, pourtant confirmée au-delà du doute par les autres éléments mis au jour sur le site. Cette découverte est d'une importance considérable pour l’histoire et la civilisation de la Macédoine ancienne. Elle permet notamment d'affirmer qu'il s'agit de la nécropole des rois de Macédoine. De ce fait, la localisation de l’ancienne capitale, lieu de sépulture des souverains, est désormais assurée : l’ancienne Aigai se trouvait à remplacement de l’actuel village de Vergina, et non à Edessa, comme beaucoup de chercheurs l’avaient supposé.

En 1979, le déblaiement des couches supérieures du tumulus dans les secteurs N. et N.-E. permit la mise au jour de deux tombes en briques dont le mobilier était assez banal et qui n'ont rien à voir avec les tombes royales. Au cours des travaux, on a recueilli plus de 70 stèles funéraires, datables entre 400 et 280 av. J.-C. La plupart sont peintes et inscrites: les noms des défunts sont purement grecs (par exemple Alkétas, Hermon, Théocritos, Théodocos, Théophanès, Xénokratès, etc.). Ceci confirme qu'à cette époque (dès la fin du Ve s.) les populations de Macédoine étaient grecques, ou du moins profondément hellénisées.

 

Le théâtre d'Aigai est situé à environs 60m au Nord du palais. Il s'agit d'un lieu historique puisque c'est là que Philippe II fut assassiné en 336 av. J.-C. A noter, l'absence de gradins en pierre au-delà du premier rang (ce qui implique que ces derniers étaient en bois), et des couloirs en pente raide entre les travées (et nombreuses marches).

Le sanctuaire d'Eukleia (divinité jusqu'alors inconnue en Macédoine) inclut deux temples des IVe et IIIe siècles av. J.-C., un péristyle monumental et une série d'offrandes dont des bases des statues. Le temple situé à environs 80m au Nord du théâtre, a une taille de 8m sur 5, avec une entrée par le Nord. On y trouve des socles de statues dont une porte le nom d'Eurydice, mère de Philippe II. Au Nord-Ouest se trouve un second temple de 8,50m sur 12,60 avec un autel à l'Est du pronaos. A l’Est du sanctuaire se trouve le sanctuaire de la Mère des Dieux.

Le cimetière, situé quelques centaines de mètres au Nord-Ouest de la ville date de l'époque archaïque et de l'époque classique. On y trouve une tombe macédonienne à façade ionique avec une frise peinte, une partie en marbre et un trône. Près de celle-ci se trouve une seconde également pillée mais à la décoration unique (représentation d'un char sur le trône et d'une façade ionique sur le mur arrière) construite vers 340 av. J.-C. Ce serait la plus ancienne de ce type retrouvée. Sur le même lieu ont été découvertes des sépultures en fosse et à ciste (VIe et Ve siècle av. J.-C.) dont une non violée. Les trois autres tombes macédoniennes datent du IIIe siècle av. J.-C. La première possède une façade dorique à la corniche particulière et un lit-sarcophage de pierre avec décoration peinte dans la chambre funéraire. La seconde possède une façade simple avec fresques et, contre le mur du fond de la chambre funéraire, un trône avec dossier peint directement sur le mur. La troisième possède une façade simple.

L'acropole est située sur une colline raide aux sud du site. On peut y voir les fondations de l'enceinte en pierre locale (fin IVe ou début IIIe siècle) et des sections de remparts de la ville tant sur la colline qu'à d'autres emplacements. Le mur de fortification se prolonge à l'est de la ville. Les fouilles sur l'acropole mirent aussi à jour des vestiges de maisons et d’ateliers hellénistiques. La fortification d'Aigai date de la période hellénistique (fin IVe-début IIIe siècle av. J.-C.).

 

Visiter les tombes royales de Vergina

(Entrée payante, compter 3 h pour l'ensemble du site.) Les tombeaux les plus prestigieux se trouvent au fond d'une vaste crypte où des panonceaux explicatifs donnent des détails sur le déroulement et l'importance des recherches archéologiques à Vergina et, dans des vitrines bien éclairées, sont exposés les objets trouvés dans ou autour de ces tombeaux.

On descend vers la grande crypte des tombes royales par un escalier en pente douce conduisant au hall souterrain. Face à la porte d'entrée nous avons une vieille photographie et une maquette du grand tumulus, avec l'emplacement des cinq tombes. De part et d'autre de la porte se trouvent deux stèles funéraires peintes de la seconde moitié du IVe s. Vers la gauche se trouvent sept autres stèles funéraires peintes et/ou sculptées en relief. Deux vitrines présentent du matériel funéraire provenant du grand tumulus ou de ses environs (VIIe-IVe s.).

La tombe IV (découverte en 1980) est très ruinée et presque entièrement pillée dès l'Antiquité. Elle possédait quatre colonnes doriques en façade. Une vitrine contient les maigres trouvailles faites lors de la fouille.

L’Hérôon est un édifice réduit à ses fondations (9,60m x 8m) et à quelques blocs effondrés des assises supérieures. Sa destination n'est pas claire, mais il pourrait s'agir d'un hérôon plutôt que d'une tombe. Il était construit en élévation au-dessus du sol antique probablement lors de la seconde moitié du IVe s. av. J.-C.

A côté se trouve la tombe « à ciste » (tombe I), parallélépipède dont les dimensions intérieures sont de 3,50m x 2,09m x 3m. Plutarque raconte que les Galates pillèrent la nécropole royale macédonienne au début du IIe s. De fait, cette tombe ne contenait plus aucun matériel mais ses parois intérieures sont décorées de magnifiques peintures (on ne visite pas, de belles photographies de l'intérieur de la tombe sont exposées à proximité). Ces peintures sont de véritables chefs-d'oeuvre aux couleurs délicates et variées (principalement bleu, violet, ocre, jaune).

Après avoir contourné l'hérôon et la tombe I, on revient jusqu'à la porte donnant accès à l'escalier descendant vers la tombe de Philippe II (tombe II) dont on peut admirer la façade à distance, derrière une paroi de verre. A peu près au centre du tumulus primitif apparaît la grande tombe double, découverte en 1977, dont la façade est un pur chef-d'oeuvre d'architecture et de peinture. La partie inférieure laisse voir une grande porte à deux vantaux (haute d'environ 3,5m) en marbre gris-bleu, flanquée de deux demi-colonnes doriques engagées. Au-dessus prend place un entablement dorique dont la polychromie (bleu, blanc et rouge) est bien conservée. Cet entablement, avec son architrave et sa frise à métopes et triglyphes, était protégé par une corniche (en partie mutilée) au-dessus de laquelle se développe, selon une composition très soignée et très symétrique, une grande frise ionique peinte. Bien que les couleurs soient quelque peu effacées, on distingue encore nettement les jaunes, les violets, les roses, les brun-café. Au-dessus de cette frise prend place une autre corniche décorée de moulures polychromes. L'intérieur (on ne visite pas) se compose d'une chambre carrée de 4,46m de côtés sur 5,30m de haut, dans laquelle fut inhumé le roi macédonien, et d'une antichambre ou vestibule de 3,66m sur 4,46m, où reposaient les cendres d'un autre personnage, sans doute la dernière épouse de Philippe. Celle-ci communique avec la chambre principale par une porte en marbre à deux vantaux qui ne mesure pas moins de 3,15m de haut. Les deux pièces, retrouvées intactes, contenaient un matériel d'une richesse exceptionnelle (exposé dans la crypte). Les murs, en revanche, ne portaient aucune décoration: à peine ceux de la chambre funéraire étaient-ils revêtus d'un enduit.

On verra ensuite, de la même façon que pour la tombe de Philippe II, la façade de la tombe III dite du Prince (quelques mètres à plus à droite, découverte en 1978). Du même type que celle de Philippe II, elle en est toutefois moins grande. Elle possédait également une frise peinte mais elle était malheureusement appliquée sur un support périssable (bois ou cuir) plaqué contre la pierre, irrémédiablement perdue. La façade ne comporte pas de colonnade appliquée, mais elle est ornée de deux gros boucliers en relief (de part et d’autre de la porte) sur lesquels subsistent des traces de peinture. L'intérieur de la tombe (ne se visite pas) a conservé une décoration peinte. Le mobilier intérieur comprenait de nombreux vases en argent, deux couronnes d'or et divers objets en bronze. Une urne funéraire en argent contenait les ossements d'un jeune homme d'une quinzaine d'années. Lorsque l'on sait que cette tombe est de quelques années postérieure à la précédente, ne peut-on pas voir dans ces restes ceux d'Alexandre III, fils d'Alexandre le Grand et de Roxane qui furent tous deux mis à mort par Cassandre à Amphipolis en 311 ?

Sur le chemin de la sortie, on verra encore trois stèles funéraires* en marbre des Ve-IVe s., ornées de reliefs. Sur la dr., des photographies et des textes muraux rendent hommage à Manolis Andronikos. Une salle audiovisuelle fournit des informations sur les fouilles et sur l'aménagement de la crypte.

Autres tombes près du palais : Découverte dès 1938, la tombe Rhomaios -du nom de son inventeur- est datée du milieu du IIIe s. av. J.-C. On remarquera sa façade ionique (quatre demi-colonnes engagées), les vantaux de la porte de marbre et, dans la chambre funéraire (que l'on découvre à travers un grillage), un trône de marbre (traces de peinture) ainsi qu'une table ou un lit de banquet. A proximité de cette tombe, on a découvert en 1987 une tombe à fosse qui a livré un riche mobilier du VIe s. av. J .-C. (ce qui est d'une grande importance pour l'histoire d'Aigai), et une autre tombe macédonienne. Cette autre tombe voûtée à chambre et antichambre (on ne visite pas) est exceptionnelle à plusieurs titres. Elle est la plus grande des tombes de Vergina connues à ce jour (10,60m x 7,50m x 7,90m) et, bien que pillée à une date ancienne, elle a conservé un trône en marbre (haut de 2,01m et large de 1,18m) orné d'un riche décor sculpté et peint. Devant le trône se trouve un tabouret repose-pieds lui aussi très décoré. Du point de vue architectural, la tombe se distingue par le traitement du mur au fond de la chambre, ayant l'aspect d'une façade ionique à quatre demi-colonnes engagées encadrant une fausse porte et deux fausses fenêtres. La tombe daterait des environs de 340 av. J.-C. et serait, selon Manolis Andronikos, une nouvelle tombe royale, peut-être celle d'Eurydikè, mère de Philippe II.

 

Construit à l'époque hellénistique, probablement sous le règne d'Antigone Gonatas (278-240) et agrandi à la fin du IIIe ou au début du IIe s. av. J.-C., le palais (entrée payante), aujourd'hui réduit aux fondations, comportait une vaste cour centrale de 44m de côté entourée de portiques à colonnes doriques. Certaines salles étaient ornées de pavements en mosaïque. Comme aujourd’hui, l’entrée se faisait à l'Est. On remarquera sur la gauche une pièce circulaire, ou tholos, qui avait des fonctions à la fois politiques et religieuses. L’aile Est semble avoir comporté deux étages.