Delphi

 

(c) www.grecomania.net

 

Après son arrivée sur le mont Olympe, le premier soin d'Apollon fut de fonder un oracle afin de révéler aux hommes les décisions et les désirs de son père Zeus. Il quitta donc l'Olympe et après avoir visité plusieurs sites, s'arrêta près de la ville de Krissa au pied du Mont Parnasse, montagne sauvage et boisée. Il traça les limites de son sanctuaire, qui devait devenir par la suite l'un des lieux sacrés les plus importants de la Grèce. Selon la tradition, la région appartenait à la déesse Gé (très ancien oracle connu depuis le VIIIe siècle avant Jésus-Christ), qui avait le don de prophétiser. Son sanctuaire était gardé par le serpent Python que dut tuer Apollon pour prendre la place de Gé, d'où le surnom de Pythios attribué au dieu et de Pythia attribué à la prêtresse de l'oracle. Après cela, Apollon se rendit à Tempé pour laver la souillure de son crime. C'est pour commémorer cet événement qu'avaient lieu à Delphes, tous les huit ans, des fêtes lyriques appelées Pythia auxquels participaient non seulement des athlètes, mais aussi des poètes, des musiciens, des philosophes, etc.

De génération en génération et durant plusieurs siècles, les Grecs sont venus prier la divinité et poser à sa prêtresse, la Pythie, d'angoissantes questions sur l'avenir. Sous la protection et l'administration de l'Amphictyon, le sanctuaire a continué à être autonome après la première guerre sacrée et, par conséquent, a augmenté son influence religieuse et politique panhellénique. Les jeux pythien ont été réorganisés et le sanctuaire agrandis et enrichi de nouveaux bâtiments, de statues et d'autres offrandes. Au IIIe siècle av. J.-C. il a relevé de la domination des Etoliens et plus tard, en 191 av. J.-C., a été conquis par les romains. Sous l'occupation romaine, le site a parfois été pillé mais également favorisé par certains empereurs. Avec la diffusion du christianisme, le sanctuaire a perdu sa signification religieuse et a été définitivement fermé par un décret de l'empereur Theodosius le grand. Les ruines de Delphes ont été découvertes par des fouilles systématiques dès 1893. Nous pouvons y visiter le musée archéologique, un des plus importants de Grèce et le site archéologique de Delphi, le sanctuaire d'Athena Pronaea, le sanctuaire d'Apollon Pythien, le théâtre, le stade antique, le trésor des Athéniens et la fontaine/source de Castalia dans une gorge resserrée. Pour permettre les fouilles, les habitants du village de Kastri, situé à la place du site archéologique, ont été déplacés vers un nouveau village appelé Delfi.

 

Histoire de Delphes

Le site de Delphes fut occupé dès l'époque mycénienne comme l'ont montré des vestiges d'habitat et des tombeaux datés d'environ 1400. Modeste cité ? Sanctuaire ? Le silence des siècles dits « obscurs », ici comme dans le reste de la Grèce (vers 1200-800), ne permet pas de trancher. Les spécialistes semblent cependant pencher pour l'hypothèse de la permanence d'un lieu de culte depuis les temps les plus reculés, arguant du fait que l'établissement mycénien présentait des différences notables avec les autres cités de cette époque. De plus les rares découvertes de l'époque protogéométrique ne s'accordent guère, par leur qualité d'exécution, avec le cadre d'un modeste village de montagne. Le culte d'Apollon semble y avoir été instauré vers le IXe ou le VIIIe s., supplantant sans doute des cultes plus anciens rendus à des divinités qui continuèrent par la suite à être honorées à Delphes en tant que premières « occupantes » du site. Ainsi Eschyle, dans le prologue des Euménides, qualifie Gè, la déesse terre de Protomantis, de « première prophétesse ». Elle eut par la suite son lieu de culte dans le téménos sacré d'Apollon. La tradition veut qu'elle ait confié la garde de l'antre où elle prophétisait à un dragon. Celui-là même que tua Apollon.

Peu de jours après sa naissance dans l'île de Délos, le jeune Apollon aborda au pied du Parnasse et tua le dragon gardant l'antre prophétique. Le corps de l’animal fut condamné à pourrir (pythesthai d'où découle pythô) sous les fondations de son temple. Le dieu de Délos se transforma ensuite en dauphin pour capturer des marins de Knossos qu'il contraignit à être les premiers prêtres de son temple. Dans ce mythe de l’« usurpation apollonienne », certains historiens ont voulu voir l’instauration d'un culte rendu à un dieu insulaire adoré sous la forme d'un dauphin. Selon les mêmes spécialistes, l’événement n'aurait pu avoir lieu avant la fin du VIIIe s. De fait, la première inscription mentionnant Apollon sous la forme d'Apelon a été datée du VIe s.

Le sanctuaire connu désormais sous le nom de Delphes prit alors un essor considérable grâce à son oracle. Un essor grandement lié à la période d'expansion des cités qui vit les Grecs s'en aller fonder des colonies sur les rives éloignées de la Méditerranée. Avant toute expédition, l’on dépêchait à Delphes des envoyés pour interroger le dieu venu de la mer et s'en concilier les faveurs. Les cohortes de pèlerins débarquaient le plus souvent à Kirrha (aujourd'hui Itéa), le port des Phocidiens de Krissa tirant grand profit de cette affluence. Un profit éhonté aux yeux des autres Grecs : ligués dans l’Amphictyonie (« ceux qui habitent autour ») delphique, ils marchèrent contre eux sous l’impulsion de Solon d'Athènes. Ce fut la première guerre Sacrée autour du sanctuaire d'Apollon. Elle dura 1O ans (600-590 av. J.-C.) et se solda par la défaite des Phocidiens. Krissa fut rasée et son territoire maudit à jamais. La fin de cette première guerre Sacrée marque le début de l’apogée du sanctuaire d'Apollon. Delphes est avant tout une cité, comme les autres cités grecques, régie par ses lois et dirigée par son Assemblée et son Conseil exécutif. A la tête de la polis se trouve un archonte aux attributions peu claires, élu pour une année à laquelle il donne son nom. On possède ainsi la liste complète des archontes, le plus souvent choisis dans les mêmes familles aristocratiques, sur une période de près de 10 siècles (590 av. J.-C.-315 après J.-C.). Toutefois la dimension panhellénique du sanctuaire d'Apollon imposait une structure fédérale pour en assurer la gestion. Elle fut confiée aux représentants des peuples de l’Amphictyonie, une fédération de peuples grecs qui, avant de prendre en charge le sanctuaire de Delphes, assurait la gestion de celui de Déméter à Anthéla près des Thermopyles. A l’époque classique, ces peuples étaient au nombre de douze et déléguaient deux représentants chacun, les hiéromnémons, aux assemblées bisannuelles qui se tenaient à Delphes chaque printemps et chaque automne. Ce Conseil de l'Amphictyonie, ou Synédrion, détenait un pouvoir souverain sur l'ensemble des peuples qui y étaient représentés. C'est ainsi qu'il vota une forte amende aux Phocidiens, qui la refusèrent avec les conséquences que l’on sait : le déclenchement de la première guerre Sacrée. De même, la condamnation d'Amphissa pour impiété fut à l’origine de la quatrième guerre Sacrée.

Les attributions courantes du Synédrion concernaient l’organisation des fêtes et des jeux, de plus en plus nombreux au fil des siècles, l’entretien et la restauration des sanctuaires : par deux fois, le Conseil de l’Amphictyonie se chargea de collecter les fonds et de diriger les travaux pour reconstruire le temple détruit accidentellement.

 

Delphes : place des Jeux Pythiques

Le stade (IVe siècle av. J.-C.) se trouvait sur une esplanade artificielle entourée d'un bois de pins. Au IIIe siècle av. J.-C., des gradins furent rajoutés sur trois côtés, de la terre soutenue par un muret au sud, en hémicycle à l'extrémité occidentale et incorporés à la roche au nord où une tribune d'honneur était aménagée. Hérode Atticus le dota au IIe siècle av. J.-C., de gradins en pierre et d'une porte monumentale. Sa largeur était de 25,50m, la longueur de la piste (raccourcie à l'époque romaine à 177,41m ou 600 pieds romains) était de 178,35m et il pouvait alors accueillir jusqu'à 7.000 spectateurs.

Le gymnase fût construit vers 330 av. J.-C. sur des installations préexistantes. Les athlètes s'y entraînaient avant les épreuves publiques du stade. Le gymnase était également le lieu où se formait, tant au plan physique qu'intellectuel la jeunesse de la ville.

Sur la terrasse supérieure nous avions le xyste, longue galerie couverte, large de 7m et adossée au mur de soutènement. Nous y trouvions également la paradromis, piste parallèle au xyste, destinée à l'entraînement à la course, tout comme le xyste qui protégeait les athlètes du soleil ou des intempéries. La terrasse inférieure supportait la palestre, affectée aux lutteurs, comprenant également des salles de repos et le loutron, un établissement de bains disposé autour d'une piscine circulaire.

 

L'oracle

Le sol de la région laissait échapper des vapeurs sulfureuses que l'on interpréta comme émanant des divinités de la terre. L'abondance des sources qui y jaillissent et les orages fréquents avaient achevé de donner à ce coin de terre un caractère mystérieux et sacré. Dans la suite, Apollon chassa les dieux souterrains et devint le maître de Delphes. La pythie, assise sur un trépied au-dessus des émanations souterraines, entrait en transes et donnait la réponse du dieu.

 

Le pouvoir divinatoire était censé tenir au lieu lui-même : une faille dans le sol par où s'exhalait un souffle (pneuma) surgissant des profondeurs de la terre et donnant l'inspiration à qui le possédait. On sait qu'Apollon fut le dernier occupant d'un lieu où l'avait précédé Gè-Déméter l'ayant elle-même confié à sa fille Thémis. Selon la légende ce fut un jeune berger à la recherche d'une de ses chèvres qui le premier découvrit les pouvoirs miraculeux de l'endroit. Au-dessus de la faille fut installé, à l'époque apollinienne, un trépied sur lequel prenait place la femme, jeune tout d'abord puis vieille, devant prêter sa voix à l'oracle : la pythie. Choisie parmi les femmes de Delphes, elle ne devait pas être particulièrement cultivée, elle n'était en fait que le porte-parole de l'oracle qui s'exprimait par sa bouche et que des "prophètes" étaient chargés de mettre en forme et d'interpréter.

A l'époque classique, Apollon ne rendait son oracle qu'une fois par mois sauf pendant les trois mois d'hiver durant lesquels il se retirait dans la vallée de Tempé pour se purifier du meurtre initial du dragon qui avant lui gardait le lieu. Quiconque voulait interroger l'oracle doit acquitter une taxe donnant au consultant le droit d'approcher le grand autel d'Apollon pour y accomplir un sacrifice. On immolait le plus souvent une chèvre. L'examen de la victime décidait si la consultation était agréée. Avant de la sacrifier, on l'aspergeait de quelques gouttes d'eau sacrée : si la bête exprimait un tremblement, c'est qu'Apollon acceptait de rendre l'oracle. Les consultants pouvaient alors pénétrer dans la salle précédant le manteion (ou adyton), chambre souterraine où officiait la pythie. Les pèlerins étaient si nombreux qu'il fallait procéder à un tirage au sort pour déterminer leur ordre de passage. Du moins pour ceux qui n'avaient pas obtenu de la cité de Delphes l'honneur de la promantie, c'est-à-dire celui de passer avant tous les autres. Cette faveur pouvait être accordée à des hommes illustres ou à des cités. S'étant purifiée avec l'eau de la fontaine Castalie, la pythie pénétrait dans le temple et procédait au-dessus du foyer de la cella à des fumigations de feuilles de laurier et de farine d'orge, sans doute en présence des prêtres et peut-être des consultants. Elle descendait ensuite l'escalier qui conduisait au manteion et gagnait le lieu prophétique.

A l'intérieur du manteion, les pèlerins découvraient la statue en or d'Apollon, le tombeau de Dionysos, le trépied sur lequel prenait place la pythie pour prophétiser, et enfin l'omphalos, pierre sacrée passant pour indiquer le centre de la terre. Après avoir accompli des rites préliminaires au-dessus d'un foyer perpétuel, la pythie puisait de l'eau de la source Cassotis sourdant non loin et peut-être dérivée jusqu'à l'intérieur du temple à l'époque classique. Elle prenait ensuite place sur le trépied, buvait l'eau et mâchait des feuilles de laurier, l'arbre sacré d'Apollon. Elle tombait ainsi en état de possession divine dans lequel certains auteurs anciens voyaient une sorte de transe délirante mais qui n'était peut-être qu'un profond et sincère recueillement.

Inspirée par Apollon, la pythie répondait alors aux questions des consultants déposées dans une coupe, questions qui n'avaient pas trait à la destinée personnelle de chacun (cela eût offensé Zeus, maître du destin) mais concernaient l'opportunité de telle ou telle entreprise. Les réponses, le plus souvent inintelligibles, étaient ensuite mises en forme par les prêtres d'une manière qui n'était pas non plus dépourvue de toute ambiguïté. D'où le surnom de Loxias, c'est-à-dire l'Oblique, donné à l'Apollon de Delphes.

On se souvient qu'au roi Crésus qui interrogeait l'oracle sur l'opportunité d'une campagne contre les Perses, il fut répondu qu'à l'issue de la guerre, un royaume serait détruit. La pythie avait tout simplement omis de préciser qu'il s'agirait du sien.

 

Le site archéologique

Les cités grecques, après chaque événement heureux, se faisaient un devoir de venir y remercier Apollon par leurs offrandes, d'où ces « trésors », sortes de petits temples où l'on consacrait les présents apportés. Le sanctuaire était dominé par le temple d'Apollon (IVe siècle - 3ème temple), auquel on accédait par la Voie Sacrée, bordée de chaque côté d'élégants monuments (Trésors), de portiques (par ex. le Portique des Athéniens), de bâtiments officiels (le Bouleutérion, le Prytanée, la Lesché de Cnide, etc) et de centaines d'ex-votos. Les sculptures décorant les Trésors de Sicyône, de Siphnos et des Athéniens étaient particulièrement remarquables. Le trésor des Athéniens a été remarquablement relevé de ses ruines par l'Ecole française d'Athènes. Au nord, se trouve le théâtre (IVe) fort bien conservé et servant toujours ainsi que les ruines du Gymnase et du Sanctuaire d'Athéna Pronaia (Marmaria, d'avant le temple) ou Pronoia (providence), avec sa célèbre Tholos en marbre (Ve ou IVe siècle av. J.-C.) au-dessous de la route publique. La piété des cités grecques avait enrichi le sanctuaire d'Apollon de multiples témoignages (temples, statues, objets précieux) mais, suite aux guerres et aux pillages, à la rafle de 500 statues par Néron et à l'hostilité de l'empereur chrétien Théodose, il n'en reste pas grand chose. On peut toutes fois admirer la ravissante tholos (ou marmaria), le trésor des Athéniens, les vestiges du temple, le magnifique théâtre et, tout en haut, le stade ou avaient lieu, d'abord tous les 8 ans puis tous les quatre ans les jeux pythiques en souvenir de la victoire d'Apollon sur le Python.

La Voie Sacrée (appellation moderne que l'on ne connaissait pas à Delphes durant l'Antiquité) monte en lacets à travers le sanctuaire jusqu'au temple d'Apollon. Elle a conservé son tracé primitif sauf à la hauteur de l'aire qu'elle traverse depuis l'urbanisation paléochrétienne (à l'origine, elle devait éviter celle-ci en la contournant par le S.). Retournez-vous à chaque rampe de la Voie Sacrée car le coup d'oeil sur les Phaedriades et le Pleistos vous semblera chaque fois différent. Un conseil encore: visitez tout cela en fin d'après-midi. De chaque côté de la Voie Sacrée se pressaient des monuments votifs ou des trésors construits par les cités de la Grèce pour abriter leurs offrandes. II s'agissait là d'une manifestation de leur piété, mais aussi de leur richesse et de leur puissance. Les emplacements les plus en vue, le long de la Voie Sacrée ou près du temple d'Apollon, étaient évidemment les plus recherchés. Ils furent lotis très tôt. Les dernières villes arrivées (au IVe s.), telles Cyrène (en Cyrénaïque) ou Thèbes, durent se contenter de sites assez modestes et mal placés. Cet impression d'entassement quelque peu anarchique fut à son comble lorsque les cités, affaiblies, laissèrent leur place de bienfaitrices du sanctuaire aux rois d'Asie (ceux de Pergame par exemple) ou à de simples particuliers, les évergètes. Ces derniers eurent à coeur de voir figurer dans le sanctuaire leur statue-portrait, voire celles de leurs nombreux ancêtres. A quelques exceptions près, les monuments commémoratifs érigés par les cités et les rois sont réduits à leurs fondations.

Peribole : Le premier péribole (mur d'enceinte) remonte probablement au VIIe s. av. J.-C. Construit en petit appareil polygonal (il en subsiste un pan à l'O. de l'Asclépiéion), il servait à délimiter l'espace sacré d'Apollon, le téménos (littéralement « ce qui est détaché »). Il correspondait en gros au tracé du mur actuel élevé après l'incendie de 548 et seulement repoussé d'une dizaine de mètres plus au sud, englobant ainsi la première portion de la Voie Sacrée allant de l'entrée actuelle au trésor des Athéniens. Ce mur fut restauré après le glissement de terrain de 373 : on peut en voir de larges portions grimpant au flanc de la colline à droite de l'entrée actuelle, ainsi que du côté sud parallèlement à la route moderne. La ville classique entourait largement le périmètre sacré, descendant sans doute assez bas vers le sud en direction du ravin si l'on en croit Pausanias qui relevant le caractère très escarpé des rues de la ville. A l'époque paléochrétienne (fin IVe s.-Ve s.), alors que l'espace urbain se rétrécissait comme une peau de chagrin, le téménos fut transformé en zone d'habitation. On pava la Voie Sacrée avec des matériaux empruntés aux édifices antiques (c'est ce dallage que l'on voit aujourd'hui) tandis que le temple d'Apollon, le premier démantelé de manière systématique, servit de carrière principale aux nouvelles constructions chrétiennes. Ce qui n'était plus qu'un village fut gravement saccagé par les Slaves au VIIe s. Il survécut pourtant puisqu'il fut la patrie de saint Luc, fondateur du monastère du même nom. Dès le XVe s., des voyageurs européens signalèrent l'existence d'un hameau semé de vestiges antiques, que les habitants appelaient Kastro et dont ils ignoraient tout du prestigieux passé jusqu'à son nom de Delphes. A la fin du XIXe s., le village fut déplacé à l'endroit de l'actuelle localité pour mener à bien la grande fouille de l'école française.

Le temple d'Apollon : Il abritait l'omphalos, le centre du monde pour les anciens Grecs. Dans une chambre souterraine y prophétisait la pythie à qui les cités grecques puis les grands du monde antique venaient demander la grâce d'un oracle. Dans le vestibule de ce temple étaient gravées les devises des Sept Sages comme « Connais-toi toi-même », « Rien de trop », ou « Si tu t'engages, voilà le malheur » proposant à elles seules une sorte de résumé de la sagesse classique. L'édifice que l'on découvre aujourd'hui est celui du IVe siècle av. J.-C., être extrêmement ruiné lors de sa mise au jour. Les restitutions effectuées depuis lors (une partie de la façade notamment) restent grandement conjecturales. Lorsqu'il quittait le pied de l'autel, le pèlerin était accueilli par les six colonnes en tuf stuqué de la façade. S'il levait les yeux, il pouvait voir au fronton un groupe sculpté représentant l'assemblée des dieux autour d'Apollon. L'autre fronton de l'édifice portait un groupe dionysiaque dont quelques fragments ont été retrouvés et sont exposés au musée. Le pèlerin passait ensuite entre deux colonnes encadrant l'entrée du pronaos, la première salle du sanctuaire. Pour ceux qui venaient consulter l'oracle et lui demander ce que l'avenir réservait à leurs entreprises, le « Connais-toi toi-même » prenait une dimension particulière. Il pouvait y voir également une statue du grand Homère et, selon J. Bousquet, l'omphalos. Deux immenses portes plaquées d'ivoire donnaient accès à la cella, une vaste salle en longueur divisée en trois nefs par deux colonnades. L'Hestia, un feu perpétuel de bois de sapin, y brûlait. Lorsque ses yeux s'étaient habitués à la pénombre, le pèlerin découvrait, depuis l'endroit qui lui était réservé et où il devait attendre que la pythie ait accompli le rituel, les statues de deux des trois Moires (la troisième étant remplacée par Zeus), le siège en fer de Pindare, ainsi que l'autel de Poséidon ayant possédé l'oracle avant Apollon. Le pèlerin était ensuite conduit vers le manteion (ou adyton), salle souterraine, ou peut être simplement une partie plus basse au fond de la cella, où béait la faille dans la terre censée exhaler ses vapeurs prophétiques et au-dessus de laquelle se plaçait la pythie (sur un trépied dont la forme exacte nous échappe) pour prophétiser. Dans ce « saint des saints » était probablement déposé l'omphalos, le nombril de la terre (peut-être celui qui se trouve aujourd'hui devant le trésor des Béotiens). Si ses yeux n'avaient pas été suspendus aux lèvres de la pythie, le consultant, embrassant l'adyton de son regard, aurait pu également voir une statue en or d'Apollon, le tombeau de Dionysos ayant la garde des lieux pendant les trois mois d'hiver, ainsi que sans doute un laurier dont la pythie mâchait quelques feuilles avant de rendre son oracle. Le temple a été érigé exactement sur les vestiges d'un temple « adyton » plus ancien (VIe siècle av. J.-C.), centre de l'oracle de Delphes et siège de la Pythia. Le monument a été en partie reconstitué en 1938-1941.

Le trésor des Athéniens : C’est un petit bâtiment dorique, avec deux colonnes dans l'antis et une riche décoration du soulagement. Il a été construit par les Athéniens à la fin du VIe siècle av. J.-C. afin de loger leurs offrandes à Apollon probablement avec la dîme du butin pris à Marathon (490 av. J.-C.). Suite à sa restauration en 1903-1906, c'est le bâtiment le mieux préservé du site. Il a pu être entièrement reconstruit avec ses propres matériaux de construction, du marbre de Paros. Il était orné de métopes (déposées au musée) figurant les exploits d'Héraclès et ceux du héros athénien Thésée. En bonne place sur le fronton de la façade principale, étaient représentées des scènes de la guerre des Grecs contre les Amazones. Outre l'inscription « Les Athéniens à Apollon en prémices du butin pris aux Mèdes à la bataille de Marathon » gravée sur le rebord de la terrasse sud, de nombreuses inscriptions furent incisées à partir du IIIe s. sur les murs du trésor. Il s'agit principalement de décrets relatifs aux fêtes et concours de Delphes, notamment à la Pythaïde, le pèlerinage des Athéniens. On a également retrouvé deux hymnes à Apollon accompagnés de notations musicales (déposées au musée). Le trésor était précédé d'une terrasse où l'on a découvert de nombreux socles qui portaient stèles et colonnes commémoratives implantées devant la façade. Il en est de même pour l'espace triangulaire contre le mur sud à gauche de la façade, lieu où fut découverte l'inscription mentionnant la bataille de Marathon.

Devant le trésor des Athéniens, on distingue les soubassements du trésor des Etrusques sur lequel fut construit ultérieurement un sanctuaire dédié à Asclépios doté d'une belle fontaine (dont le bassin est encore visible) où l'eau coulait à travers es gueules de lion en bronze (exposées au musée). Selon la légende, Asclépios fut foudroyé à Delphes par Zeus, sur l'injonction d'Hadès, le maître des Enfers qui craignait de voir son royaume ne plus se peupler à cause de l'habileté du suprême guérisseur. Les successeurs d'Asclépios jouissaient à Delphes de privilèges particuliers. Sur la terrasse même, on verra les bases d'un petit édifice sans doute très ancien (et recouvert lors de la reconstruction du VIe s.) que l'on considère comme étant un sanctuaire à Gè. Un peu plus loin se trouve le départ d'un escalier conduisant à une fontaine souterraine, dite fontaine des Muses. Peut-être s'agissait-il d'un bassin où étaient recueillies les eaux de la fontaine Cassotis que la pythie buvait avant de prophétiser et dont la résurgence devait se trouver plus haut sur la pente. Son emplacement exact reste encore à préciser.

En regardant à gauche hors du mur d'enceinte (accès interdit), on découvrira les vestiges du portique. A en croire la dédicace retrouvée sur le site, il fut consacré par les Etoliens après leur victoire sur les Gaulois (278) et servit à exposer les armes prises à l'ennemi. A l'époque paléochrétienne, l'endroit accueillit des habitations et des bains. A droite de la passerelle, en contrebas, s'ouvre la niche dite « de Cratèros » (fin du IVe s.), un espace à ciel ouvert où était déposé un groupe de statues de bronze illustrant une chasse au lion au cours de laquelle Alexandre fut sauvé par son compagnon Cratèros. Un peu au-delà fut découvert en 1896, dans une fosse, le célèbre aurige de Delphes.

L'autel des Chiens est un grand autel situé face au temple d'Apollo, payé et érigé par les habitants de Chios au Ve siècle av. J.-C. selon une inscription gravée sur la corniche. Le monument a été construit en marbre noir, excepté la base et la corniche qui étaient en marbre blanc, ayant pour résultat un contraste impressionnant de couleur. L'autel a été reconstitué en 1920.

Trésor des Siphniens : La joie des archéologues fut à son comble lorsqu'ils mirent au jour une importante partie de la frise courant sur la partie supérieure des quatre murs : ce chef-d'oeuvre de la sculpture archaïque date, comme l'édifice, de la fin du troisième quart du VIe s. Les traces de peintures que portait encore la pierre rendirent possible la restitution de la polychromie des parties sculptées autant pour les fonds et les motifs décoratifs que pour les personnages eux-mêmes : bleu, rouge, vert, à quoi s'ajoutait l'éclat du bronze des armes et des cuirasses de guerriers fixées à la pierre. L'ensemble conservé est aujourd'hui visible au musée dont il constitue l'une des pièces maîtresses.

La Stoa des Athéniens, de style ionique, possède sept colonnes cannelées. Selon une inscription sur le stylobate, elle a été érigée par les Athéniens en 478 av. J.-C. pour y loger les trophées pris lors de leurs victoires navales sur les Perses.

Le théâtre du sanctuaire a été à l'origine construit au IVe siècle av. J.-C. dans le calcaire gris du Parnasse mais les ruines actuelles datent de la période impériale romaine. La cavea possédait 35 gradins en pierre et les bases de la scène sont préservées sur l'orchestre pavé. Le théâtre a été généralement utilisé pour des représentations théâtrales lors des grands festivals du sanctuaire. Depuis le dernier étage du gradin nous avons une vue panoramique sur le site. Les quelque 5 000 pèlerins que peut contenir le théâtre assistaient ici aux fêtes delphiques, du moins à celles qui comprenaient des concours de chant et de musique comme les pythia ou la pythaïde, le pèlerinage des Athéniens.

L’« agora romaine » : Le chemin qui donne accès aux ruines du sanctuaire d'Apollon aboutit à une place rectangulaire dallée. A en croire les conclusions les plus récentes des archéologues, cet espace, tel qu'on le voit actuellement, fut aménagé pour servir de marché à l'époque paléochrétienne après l'urbanisation du sanctuaire. Une partie de la colonnade d'un portique a été remontée ainsi que les soubassements des boutiques qu'il précédait. Néanmoins, des sondages ont permis de montrer que cet espace abritait déjà un marché à l'époque classique. On peut imaginer que se tenait là une foule de marchands qui proposaient des objets de piété aux pèlerins.

Le Bouleuterion : C'est là que siégeait une assemblée restreinte de la cité de Delphes, se réunissant tous les six mois puis une fois par an seulement à partir du Ier s. av. notre ère.

Immédiatement après le Bouleutérion (toujours à gauche de la voie) s'ouvre un espace semé de plusieurs rochers dont l'interprétation reste confuse. D’après Plutarque, il faudrait voir le rocher de la Sibylle (prophétesse distincte de la pythie) dans le roc fendu d'une crevasse. Il existait dix Sibylles de par le monde antique, dotées de dons divinatoires d'origine mystérieuse. Le rocher à droite du précédent serait celui d'où Léto, la mère d'Apollon, aurait crié à son fils de tuer le dragon pour s'emparer de l'oracle. Il faudrait également localiser, en arrière à gauche du rocher de la Sybille, contre le mur de soutènement du temple d'Apollon, l'antique sanctuaire de la Terre, propriété de Gè. Sur le rocher situé à droite de ce sanctuaire, une dalle carrée supportait la colonne des Naxiens surmontée du célèbre sphinx retrouvé lors des fouilles. Elle constitue l'un des chefs-d'oeuvre du musée. L'ensemble, construit vers 570-560, en marbre de l'île de Naxos, s'élevait à une hauteur totale de 12 m. La colonne resta debout jusqu'à la destruction de la ville par les Slaves au VIIe s. de notre ère.

L’Aire : Cette place circulaire de 16m de diamètre était l'un des endroits les plus importants du rituel delphique. C'est de là que partaient les processions lors de certaines cérémonies. C'est également là que tous les 8 ans était représenté le drame sacré de la prise de possession du sanctuaire par Apollon. A cette occasion, un jeune adolescent (Apollon était encore un enfant lorsqu'il vint à Delphes) enflammait une construction figurant la demeure du dragon avant de prendre la fuite pour aller se purifier comme le fit Apollon. Sans doute dévalait-il alors les degrés de l'escalier partant de la place. C'est là enfin qu'en 1939, P. Amandry découvrit dans deux fosses creusées sous l'Aire, un riche matériel votif archaïque mis au rebut dès le Ve s. av. notre ère (exposé au musée).

Le Grand Autel d'Apollon : L'autel fut en partie reconstitué en 1959. C'est du sommet de cette plate-forme que l'on sacrifiait la chèvre propitiatoire offerte par les pèlerins allant consulter l'oracle. Le prêtre et ses desservants y accédaient par un escalier partant des abords est du temple et sacrifiaient l'animal sur une table d'offrande dont on a pu retrouver quelques encoignures. On y remarquerait des croix chrétiennes gravées, plus nombreuses que partout ailleurs sur le site : nul doute que l'endroit fut le premier objet de la vindicte chrétienne. L'autel que l'on voit aujourd'hui fut consacré par les habitants de Chios, sans doute peu après 246, année durant laquelle ils entrèrent dans l'Amphictyonie. Une inscription gravée sur l'une des assises inférieures du monument (sud) rappelle que les Delphiens leur avaient accordé la promantie, probablement à cette occasion. D'autres autels plus anciens le précédèrent au même endroit. Ils devaient adopter peu ou prou la même configuration.

A g. de l'autel, en regardant le temple, dans une encoignure du mur de soutènement, une base soutenait peut-être le pilier de Paul-Emile en souvenir de sa victoire sur le dernier roi des Macédoniens à Pydna en 168 av. notre ère.

Le Stade : Installé sur une esplanade artificielle entourée d'un bois de pins, le stade de Delphes est le mieux conservé de Grèce. Sa construction remonte à la fin du IVe ou au début du IIIe s. av. J.-C. Il fut remanié à plusieurs reprises et pour la dernière fois à l'époque romaine (IIe s. de notre ère). A cette occasion, la piste fut légèrement raccourcie, passant de 178,35m à 177,41m afin de correspondre exactement à 600 pieds romains. Il servait tout naturellement de cadre aux compétitions sportives (se déroulant dans la plaine avant sa construction) liées aux fêtes delphiques. On sait par des inscriptions que certains concours musicaux y trouvaient également leur place. 6.500 spectateurs pouvaient assister aux compétitions, assis sur les gradins disposés sur trois côtés, l'extrémité occidentale ayant été traitée en hémicycle. On notera la tribune d'honneur sur le gradin nord. Dans l'angle N.-O., peu avant l'hémicycle, subsistent les restes d'aménagements hydrauliques.

Le quartier N.-E. : Comme le montre la disposition de la terrasse d'Attale 1er enjambant le péribole, ce fut la dernière partie du sanctuaire à être aménagée à l'époque consacrant l'affaiblissement définitif des cités grecques. De fait, la plupart des édifices sont dus aux libéralités de rois étrangers ou à de riches particuliers. Le long du péribole se trouvent les vestiges de la Lesché de Cnide décorée de fresques célèbres dans l'Antiquité, oeuvres du peintre Polygnote de Thasos. On atteint ensuite les soubassements du monument de Daochos II, un des magistrats suprêmes de Thessalie de 336 à 332 av. J.-C. Vers 330, il honora le sanctuaire d'un ex-voto où figuraient neuf statues, la sienne et celles de ses ancêtres. Ce superbe groupe prenait place, selon les dernières estimations d'A. Jacquemin et D. Laroche, non pas sous un portique mais dans un monument fermé. Il est aujourd'hui exposé au musée. Plus loin gisent les restes du monument des Corcyréens derrière lequel fut mise au jour la base de la célèbre colonne d'acanthe ou « les Danseuses », donation athénienne de la seconde moitié du IVe s., dont on peut voir des vestiges ainsi que la reconstitution au musée. Ce monument commémoratif était le plus haut du site. Vient ensuite un ensemble construit par les rois de Pergame, dominé par ce que les archéologues ont nommé la terrasse d'Attale 1er, roi de Pergame de 240 à 197 av. J.-C. Un escalier partant des environs du char des Rhodiens donnait accès à cette immense terrasse de 1.000 m² dominant de plus de 3m celle du temple. On rencontrait tout d'abord deux piliers dont les bases sont encore visibles et qui portaient chacun une statue : celle d'Attale 1er et celle de son successeur Eumène II ajoutée ultérieurement. On accédait ensuite à une longue base, la plus longue de Delphes avec ses 27m. Soutenait-elle un groupe de statues monumentales illustrant la victoire du roi contre les Galates ? Ou s'agissait-il d'un autel dont la majesté a incité certains archéologues à penser qu'il fut consacré à Néoptolème, le fils d'Achille assassiné par les habitants de Delphes et dont on sait par ailleurs qu'un culte lui était rendu dans le sanctuaire d'Apollon ? Au-delà s'élevait enfin un vaste portique orné de peintures, à douze baies doriques. Il fut creusé à l'époque chrétienne pour servir de citerne.